L'IA ressuscite 15 réacteurs nucléaires américains : 12 GW remis en service d'ici 2026

Les États-Unis participent à un renouveau nucléaire remarquable avec plusieurs réacteurs majeurs qui redémarrent ou sont en cours de redémarrage pour répondre à la demande explosive des centres de données d'intelligence artificielle. Cette renaissance, bien qu'encore limitée en nombre de réacteurs, marque un tournant important après des années de fermetures, les géants technologiques exigeant une électricité disponible 24 heures sur 24. À l'échelle mondiale, 15 réacteurs nucléaires sont prévus pour redémarrer en 2026, incluant les projets américains mais aussi de nouveaux réacteurs dans d'autres pays comme la Chine.

Parmi ces redémarrages, celui de la centrale de Palisades dans le Michigan marque un précédent notable : aucun réacteur américain n'avait jamais été remis en service après avoir été officiellement décommissionné.

Palisades brise le tabou du décommissionnement définitif

La centrale nucléaire de Palisades, fermée en mai 2022 après 50 ans de service, redémarrera fin 2025 grâce à un prêt du Département de l'Énergie de 1,52 milliard de dollars. Ce réacteur de 800 mégawatts devient le premier aux États-Unis à sortir du processus de décommissionnement pour retrouver une licence d'exploitation.

Le propriétaire Holtec International avait initialement prévu de démanteler définitivement l'installation sur 12 ans. Microsoft a changé la donne en signant un accord d'achat d'électricité sur 20 ans pour alimenter ses centres de données. L'entreprise a également investi directement dans le projet via son fonds Climate Innovation Fund.

La Nuclear Regulatory Commission a accordé en septembre 2024 l'autorisation de redémarrage après une inspection approfondie des systèmes de sécurité. Les coûts de remise en état incluent le remplacement du générateur de vapeur, la modernisation des systèmes de contrôle et la recertification de 400 employés.

Microsoft et Google sécurisent des capacités nucléaires importantes

Les géants technologiques américains sécurisent d'importantes capacités nucléaires via des contrats d'achat d'électricité à long terme. Microsoft a signé un accord majeur pour Three Mile Island en Pennsylvanie, dont le réacteur intact redémarrera en 2028 avec un investissement de Constellation Energy de 1,6 milliard de dollars, représentant 835 MW de capacité.

Google a signé pour environ 2,3 GW au total : 500 MW avec Kairos Power et 1,8 GW avec Elementl Power sur trois sites. Il s'agit cependant de projets futurs de petits réacteurs modulaires (SMR), pas de centrales existantes. Amazon suit également cette tendance en investissant dans le nucléaire pour alimenter ses centres de données.

Cette ruée vers le nucléaire s'explique par les besoins énergétiques de l'IA générative. Un centre de données d'IA consomme 10 à 50 fois plus d'électricité qu'un centre traditionnel, selon l'Agence internationale de l'énergie. ChatGPT nécessite 2,9 mégawatts-heures par jour pour ses 13 millions d'utilisateurs quotidiens, soit l'équivalent de la consommation de 1 000 foyers américains.

Les redémarrages coûtent 20 fois moins cher que les nouveaux réacteurs

Remettre en service un réacteur existant coûte entre 300 et 500 millions de dollars, contre 15 à 20 milliards pour construire une nouvelle centrale nucléaire. Cette différence de coût explique l'engouement des énergéticiens pour les redémarrages plutôt que les nouveaux projets.

Le réacteur Vogtle-4 en Georgie, mis en service en 2024, a coûté 35 milliards de dollars et accusé 15 ans de retard. Sa construction a démarré en 2009 pour une mise en service initialement prévue en 2016. Le kilowatt installé a atteint 17 500 dollars, contre 500 à 600 dollars pour un redémarrage.

Les délais plaident aussi en faveur des redémarrages. Un réacteur arrêté peut reprendre du service en 18 à 36 mois selon l'état de ses équipements. Les nouveaux projets nucléaires américains affichent des délais de 14 à 18 ans entre la première décision d'investissement et la mise en service commerciale.

Cette rapidité relative s'avère cruciale face à la croissance de la demande électrique. L'Energy Information Administration prévoit une hausse de 15 % de la consommation d'électricité américaine entre 2024 et 2030, principalement tirée par les centres de données.

Les capacités restent insuffisantes face aux 200 GW de projets de centres de données

Malgré cette renaissance, les capacités nucléaires supplémentaires ne couvriront qu'une fraction des besoins énergétiques futurs de l'économie numérique américaine. L'industrie des centres de données a annoncé 200 GW de nouveaux projets d'ici 2030, soit l'équivalent de 20 % de la capacité électrique actuelle des États-Unis.

La Virginie concentre 35 % de ces projets avec 70 GW de centres de données en développement. L'État héberge déjà 60 % de l'infrastructure internet mondiale et attire massivement les investissements dans l'IA. Amazon, Google et Microsoft y construisent leurs plus grands centres de données jamais conçus.

Le Texas suit avec 45 GW de projets, bénéficiant de ses tarifs électriques compétitifs et de sa réglementation favorable. La Caroline du Nord et la Géorgie comptabilisent respectivement 25 et 18 GW de capacité en développement.

Pour combler l'écart, les énergéticiens américains prévoient de construire 150 GW de capacité au gaz naturel d'ici 2030, selon BloombergNEF. Cette solution transitoire compromettrait les objectifs climatiques américains de réduction de 50 % des émissions d'ici 2030.

Les redémarrages nucléaires éviteront l'émission de millions de tonnes de CO₂ par an, contribution significative mais qui reste modeste face aux 1,6 milliard de tonnes d'équivalent CO₂ émises annuellement par le secteur électrique américain.


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