La Chine franchit un seuil énergétique majeur : 1,482 milliard de kW renouvelables

La puissance installée renouvelable chinoise atteint 1,482 milliard de kilowatts au premier trimestre 2025, dépassant pour la première fois la capacité thermique de 1,451 milliard de kW.

Cette bascule structurelle marque une étape décisive dans la transition énergétique mondiale. La Chine réalise son objectif de parité renouvelable-thermique avec six ans d’avance sur son calendrier officiel de 2030, tout en conservant paradoxalement ses investissements dans le charbon.

Six ans d’avance sur un objectif stratégique de 2030

Les données du premier trimestre 2025 révèlent un écart de 31 gigawatts en faveur du renouvelable, selon Opera Energie. Cette marge, équivalente à la capacité électrique totale de l’Australie, témoigne de l’accélération chinoise dans le solaire et l’éolien.

L’objectif de parité était inscrit dans le 14e plan quinquennal chinois pour 2030. L’atteindre en 2025 repositionne Pékin comme le principal moteur de la décarbonation électrique mondiale. Le pays représente environ 50% des nouvelles capacités renouvelables installées mondialement en 2024, avec une capacité cumulée représentant environ 44-50% du total mondial, contre 45% en 2020.

Cette avance s’explique par des investissements soutenus. En 2024, la Chine a investi 625 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, représentant environ 31% des investissements mondiaux dans ce domaine selon BloombergNEF, bien que certaines sources citent des chiffres de 728 milliards pour l’ensemble des énergies renouvelables. La production chinoise domine largement : le pays produit environ 80% des panneaux solaires mondiaux et contrôle entre 75% à 97% de chaque étape clé de la chaîne de production (polysilicium, cellules, modules), soit une dominance moyenne de 84% sur la chaîne entière.

Le solaire tire la croissance avec un développement massif en 2024

En 2024, la Chine a ajouté 277 GW de nouvelles capacités solaires et 80 GW d’éolien, pour un total de 357 GW d’énergies renouvelables. Cette progression annuelle équivaut à l’installation complète de l’infrastructure solaire européenne en une seule année. La capacité solaire totale installée de la Chine atteint 887 à 1048 GW fin 2024, soit une expansion considérable par rapport aux années précédentes.

L’éolien terrestre ajoute 65 GW, l’éolien offshore 12 GW. L’hydroélectrique, socle majeur du renouvelable chinois avec 420 GW installés, progresse plus modestement avec 8 GW supplémentaires. Le nucléaire maintient sa trajectoire de 57 GW, avec 6 nouveaux réacteurs mis en service.

Ces ajouts massifs résultent d’économies d’échelle industrielles. Le coût du solaire chinois chute de 15% annuellement depuis 2020, atteignant 0,02 dollar par kWh dans certaines régions. Cette compétitivité rend le renouvelable plus attractif que le charbon, même sans subventions.

La géographie énergétique chinoise se transforme. Les provinces occidentales du Xinjiang et de la Mongolie-Intérieure concentrent 40% des nouvelles capacités solaires, exportant leur production vers les centres industriels côtiers via des lignes haute tension de 1 100 kV.

Charbon et renouvelables : une coexistence planifiée jusqu’en 2030

Paradoxalement, la Chine maintient l’expansion de ses centrales à charbon. 47 GW de capacité thermique s’ajoutent en 2024, principalement du charbon “ultra-supercritique” à rendement amélioré de 45%, contre 35% pour les centrales conventionnelles.

Cette stratégie de double expansion reflète une approche de sécurité énergétique. Les centrales à charbon servent de capacité de réserve pour compenser l’intermittence solaire et éolienne. Leur facteur de charge diminue progressivement : 49% en 2024 contre 57% en 2020, indiquant une utilisation décroissante malgré la capacité installée croissante.

Les autorités chinoises justifient cette coexistence par la nécessité de garantir la stabilité du réseau électrique. Les provinces du nord connaissent des pics de demande hivernaux dépassant 200 GW, nécessitant une capacité de backup thermique immédiatement mobilisable.

Cette logique pourrait évoluer avec le déploiement de 120 GW de stockage par batteries prévu d’ici 2030. Tesla, BYD et CATL construisent des “méga-batteries” de 1 GWh, capables de stocker l’équivalent de la consommation quotidienne de 750 000 foyers chinois.

Production réelle : le renouvelable génère 30% de l’électricité chinoise

Au-delà de la capacité installée, la production effective révèle les proportions réelles du mix énergétique chinois. Le renouvelable génère 2 850 TWh en 2024, soit 30% de la production électrique totale de 9 500 TWh.

Le charbon maintient sa position dominante avec 4 750 TWh produits, représentant 50% du total. Cette part diminue néanmoins : elle atteignait 65% en 2015. Le gaz naturel stagne à 8% avec 760 TWh, tandis que le nucléaire progresse à 12% avec 1 140 TWh.

Cette répartition illustre l’écart entre capacité installée et production effective. Les centrales à charbon fonctionnent 4 300 heures annuelles en moyenne, contre 1 800 heures pour le solaire et 2 400 heures pour l’éolien terrestre. L’intermittence explique cette différence de productivité.

L’hydroélectrique chinois, avec ses 420 GW installés, produit 1 550 TWh annuels grâce à un facteur de charge de 42%. Les barrages du Yangtsé et du fleuve Jaune régulent cette production selon les saisons et la demande industrielle.

Objectif 2060 : neutralité carbone avec 5 000 GW renouvelables

L’engagement chinois de neutralité carbone en 2060 nécessite une multiplication par trois de la capacité renouvelable actuelle. Les projections officielles tablent sur 5 000 GW renouvelables installés d’ici cette échéance, dont 3 000 GW de solaire et 1 500 GW d’éolien.

Ce déploiement massif s’accompagne d’investissements dans l’hydrogène vert et la capture de carbone. La Chine prévoit 50 GW d’électrolyse pour produire 5 millions de tonnes d’hydrogène annuelles d’ici 2030, destinées à décarboner la sidérurgie et la pétrochimie.

L’infrastructure de transport électrique s’adapte avec 300 000 kilomètres de lignes haute tension supplémentaires programmées. Ces “autoroutes électriques” achemineront l’énergie renouvelable des déserts occidentaux vers les mégapoles orientales, sur des distances dépassant 3 000 kilomètres.

La diplomatie énergétique chinoise s’internationalise. Pékin finance 150 GW de capacités renouvelables dans 40 pays via l’Initiative Belt and Road, exportant son savoir-faire technologique et industriel. Cette stratégie positionne la Chine comme leader mondial de la transition énergétique.

La bascule de 2025 constitue un point d’inflexion majeur. Elle démontre qu’une économie industrielle majeure peut inverser son mix électrique en moins d’une décennie, ouvrant la voie à une décarbonation accélérée du secteur énergétique mondial.

Sources