La Corée du Sud redémarre 6 réacteurs nucléaires et accélère les renouvelables face aux tensions au Moyen-Orient

Face à l'intensification des tensions au Moyen-Orient et à une dépendance marquée aux importations d'hydrocarbures, la Corée du Sud a dévoilé en mars 2026 un plan de sécurité énergétique d'urgence. Ce plan vise à garantir la stabilité de son approvisionnement en énergie en augmentant la production nucléaire et en accélérant le déploiement des énergies renouvelables — une stratégie particulièrement critique pour le quatrième importateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).

19 réacteurs nucléaires actifs d'ici mi-mai 2026

Le gouvernement sud-coréen prévoit de porter à 19 le nombre de ses réacteurs nucléaires en activité d'ici la mi-mai 2026. Cette augmentation inclut le redémarrage de six unités temporairement à l'arrêt pour maintenance. Le pays dispose de 26 centrales nucléaires opérationnelles, représentant une capacité totale de 26 GW, dont 15 unités (16,45 GW) sont actuellement en exploitation.

Les deux premières unités, Shinwolseong 1 et Gori 2, devraient être remises en service d'ici la fin mars 2026. Quatre autres unités — Hanbit 6, Hanul 3, Wolseong 2 et Wolseong 3 — suivront d'ici la mi-mai. Ces redémarrages sont stratégiques : ils interviennent habituellement au printemps, période de faible demande électrique, mais sont ici accélérés pour renforcer la sécurité énergétique nationale face à un contexte géopolitique dégradé.

Le nucléaire représente déjà environ 30 % de la production électrique sud-coréenne. En portant 19 réacteurs en activité simultanée, Séoul cherche à réduire sa dépendance immédiate aux importations de GNL, dont les prix ont subi des à-coups importants depuis les tensions dans le détroit d'Ormuz.

La Corée du Sud, quatrième importateur mondial de GNL

La vulnérabilité énergétique de la Corée du Sud est structurelle. Le pays importe la quasi-totalité de ses besoins en hydrocarbures — pétrole, gaz, charbon — et dépend des routes maritimes du Moyen-Orient pour environ 70 % de ses approvisionnements pétroliers. En 2025, la Corée du Sud a importé 46 millions de tonnes de GNL, soit environ 10 % de la demande mondiale, ce qui en fait le quatrième acheteur mondial derrière le Japon, la Chine et l'Inde.

Cette dépendance se traduit directement en risque économique : une perturbation des routes maritimes du Golfe persique ou une hausse brutale des prix du GNL peut peser plusieurs milliards de dollars sur la balance commerciale coréenne et alimenter l'inflation intérieure. Le plan de mars 2026 est une réponse à ce risque systémique, pas seulement à une conjoncture ponctuelle.

Flexibilité accrue de la production de charbon en cas de besoin

En complément de l'effort nucléaire, la Corée du Sud envisage d'utiliser le charbon comme levier de production d'électricité flexible en cas de perturbations majeures de l'approvisionnement en GNL. Cette mesure est conçue comme une solution de dernier recours pour pallier d'éventuelles ruptures d'approvisionnement.

L'augmentation du taux d'utilisation des centrales à charbon sera strictement encadrée : limitée aux périodes où l'impact environnemental est le plus faible, elle s'accompagnera d'un renforcement des dispositifs de lutte contre la pollution atmosphérique. L'objectif est de prévenir une hausse brutale des émissions de particules fines tout en assurant la continuité de l'approvisionnement électrique.

Cette mesure est controversée en interne. Les organisations environnementales sud-coréennes soulignent que le charbon représente déjà 30 % du mix électrique et que son maintien comme option de secours retarde la transition énergétique. Le gouvernement répond que la sécurité d'approvisionnement prime dans le contexte actuel.

Accélération du déploiement des énergies renouvelables

À moyen terme, le plan met l'accent sur une accélération du déploiement des énergies renouvelables. Le gouvernement s'engage à exécuter plus rapidement son budget alloué à l'approvisionnement et au financement de projets dans ce secteur, et à simplifier les procédures de mise en service de nouvelles installations.

La Corée du Sud dispose d'un potentiel solaire significatif, notamment dans les régions du sud et sur les toits des zones industrielles. En 2025, la capacité solaire installée a atteint 28 GW, contre 11 GW en 2020 — une progression rapide, mais encore insuffisante pour compenser la dépendance aux importations. L'éolien offshore, notamment dans la mer Jaune, est identifié comme le prochain levier de développement à grande échelle.

Le plan prévoit également de simplifier les procédures d'octroi de licences et de raccordement au réseau pour les projets renouvelables, un goulot d'étranglement administratif qui a ralenti plusieurs projets ces dernières années.

Un modèle de diversification énergétique sous contrainte géopolitique

La stratégie sud-coréenne illustre un dilemme commun aux économies industrielles très dépendantes des importations d'énergie : comment concilier sécurité d'approvisionnement à court terme, transition vers les énergies bas-carbone à moyen terme, et compétitivité industrielle à long terme ?

La réponse de Séoul — nucléaire comme socle, renouvelables comme trajectoire, charbon comme filet de sécurité — est pragmatique et cohérente avec ses contraintes géographiques et industrielles. La Corée du Sud est l'un des pays les plus denses au monde, avec des ressources hydrauliques limitées et une industrie lourde (acier, pétrochimie, semiconducteurs) très consommatrice d'électricité.

Ce plan ne résout pas la dépendance structurelle aux importations, mais il réduit la vulnérabilité aux chocs de court terme. La question de fond — comment financer et déployer suffisamment de renouvelables pour réduire significativement les importations de GNL d'ici 2035 — reste entière.

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Sources : Enerdata, La Corée du Sud renforce sa sécurité énergétique face à la crise au Moyen-Orient, mars 2026.

La Corée du Sud comme modèle de mix énergétique sous contrainte

L'expérience sud-coréenne intéresse de nombreux pays qui partagent des contraintes similaires : forte densité industrielle, ressources naturelles limitées, dépendance aux importations d'énergie. Le Japon, qui a suivi une trajectoire comparable après Fukushima (2011) — fermeture des réacteurs, puis redémarrage progressif — observe de près les décisions de Séoul.

La différence notable entre les deux pays est que la Corée du Sud n'a jamais abandonné le nucléaire aussi radicalement que le Japon. Sous le gouvernement Moon Jae-in (2017-2022), une politique de sortie progressive du nucléaire avait été annoncée. Le gouvernement Yoon Suk-yeol, arrivé au pouvoir en 2022, a inversé cette trajectoire en réaffirmant le nucléaire comme pilier du mix énergétique. Le plan de mars 2026 s'inscrit dans cette continuité politique.

Ce retournement illustre un phénomène plus large : dans plusieurs démocraties industrielles, le nucléaire revient sur l'agenda énergétique après des années de mise à l'écart, sous la double pression de la sécurité d'approvisionnement et des objectifs climatiques. La France, la Belgique, le Japon et désormais la Corée du Sud ont tous révisé leurs positions sur le nucléaire entre 2022 et 2026.

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