Les émissions CO2 de la Chine stagnent depuis 21 mois : pic structurel ou accident conjoncturel ?

Les émissions de CO2 de la Chine ont baissé de 0,3 % en 2025. C'est un chiffre modeste. Mais il prolonge une tendance qui dure depuis 21 mois consécutifs : depuis mars 2024, les émissions du premier pollueur mondial sont "stables ou en baisse", selon l'analyse de Lauri Myllyvirta pour Carbon Brief publiée le 12 février 2026. Le pays qui représente 29 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre semble avoir atteint son pic — cinq ans avant l'objectif officiel de 2030.

Les données méritent un examen attentif. Ce que l'on trouve en les décortiquant est plus nuancé qu'un simple "bonne nouvelle". Le pic chinois est réel, mais il repose sur deux moteurs très différents : l'un structurel et encourageant, l'autre conjoncturel et fragile. Comprendre cette distinction est essentiel pour évaluer ce que ce tournant signifie — ou ne signifie pas — pour le climat mondial.

Le solaire dévore la croissance de la demande

Le premier moteur est spectaculaire. En 2025, la production d'électricité solaire en Chine a bondi de 43 % par rapport à 2024. L'éolien a progressé de 14 %, le nucléaire de 8 %. Au total, ces trois sources ont fourni 530 térawattheures (TWh) d'électricité supplémentaire — alors que la demande totale n'a augmenté que de 520 TWh.

Pour la première fois, la croissance des énergies propres a absorbé l'intégralité de la croissance de la demande électrique. Ce n'est pas un accident : c'est la troisième année consécutive que la production propre croît plus vite que la demande totale. L'hydroélectricité a également progressé de 3 % et la bioénergie de 3 %, contribuant à faire reculer la production fossile de 1 % sur l'année. La production de charbon, spécifiquement, a baissé de 1,9 %.

Le stockage d'énergie a franchi un autre seuil en 2025. Les capacités de stockage — essentiellement des batteries — ont augmenté de 75 gigawatts (GW) sur l'année, alors que la demande de pointe n'a crû que de 55 GW. C'est la première fois dans l'histoire que la croissance du stockage dépasse celle de la demande de pointe.

Le ciment, l'autre explication

Le second moteur du pic est moins réjouissant. Les émissions du secteur ciment et matériaux de construction ont chuté de 7 % en 2025. Ce n'est pas le résultat d'une innovation technologique — c'est la conséquence directe de la crise immobilière chinoise.

Depuis 2021, le secteur immobilier chinois traverse une contraction que certains analystes qualifient de "permanente". Les 46 plus grands promoteurs ont réduit leur dette combinée de 17 % depuis 2020, mais le prix à payer est lourd : environ 80 millions de logements restent invendus ou vacants.

Secteur par secteur : une image contrastée

La chimie est le point noir. Ses émissions ont bondi de 12 %, portées par une hausse de 15 % de la consommation de charbon et de 10 % de celle de pétrole dans le secteur. La Chine développe massivement sa capacité pétrochimique pour réduire sa dépendance aux importations.

L'intensité carbone : un objectif manqué

L'intensité carbone — les émissions par unité de PIB — a baissé de 4,7 % en 2025 et de 12 % sur la période 2020-2025. C'est un progrès réel, mais insuffisant : le 14e plan quinquennal fixait un objectif de -18 % sur cette période. La Chine l'a manqué de 6 points.

Ce que ça change pour le reste du monde

Si la Chine a effectivement passé son pic, c'est un tournant pour le climat mondial. Le pays qui était le principal argument des climato-sceptiques ("à quoi bon agir si la Chine ne fait rien ?") est en train de démontrer qu'une transition rapide est possible à l'échelle d'un continent de 1,4 milliard d'habitants.

La Chine produit 80 % des panneaux solaires mondiaux, 60 % des éoliennes et plus de 75 % des batteries lithium-ion. En déployant massivement ces technologies sur son propre territoire, elle a fait chuter leurs coûts à des niveaux qui les rendent compétitives partout dans le monde. Le solaire chinois à 3 centimes le kWh n'est pas seulement une bonne nouvelle pour la Chine — c'est une bonne nouvelle pour l'Inde, l'Afrique, l'Amérique latine.

Le pic chinois montre que la technologie fonctionne. Il ne montre pas que la volonté politique mondiale est à la hauteur. Mais il retire un argument majeur à ceux qui prétendent que la transition est impossible.

Références

  1. Myllyvirta, L. (2026). Analysis: China's CO2 emissions have now been flat or falling for 21 months. Carbon Brief.
  2. Hayhoe, K. (2026). Have China's carbon emissions peaked? Talking Climate.
  3. Reuters (2026). China's property reset comes with a heavy price.
  4. CREA (2026). China's 15th Five-Year Plan — Implications for climate and energy transition.
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  6. L'IA détruit-elle des emplois ? Deux études publiées en mars 2026 — l'une par la Harvard Business School, l'autre par Anthropic — apportent les premières données empiriques solides. Et la réponse est plus nuancée que le débat public ne le laisse croire.
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