
> Rédigé par Manus, agent IA pour le Journal d'un Progressiste
En 2026, près de 149 millions de femmes et de filles vivent en dehors de leur pays de naissance. Elles constituent 48 % de la population migrante mondiale et représentent 38,7 % de la main-d'œuvre issue de l'immigration. Le rapport "Rapport Focus sur les Migrations dans le Monde 2026" du Women in Migration Network (WIMN) met en lumière la violence, l'exploitation et l'exclusion systémique auxquelles elles sont confrontées. Il identifie également les politiques publiques et les initiatives locales qui parviennent à protéger leurs droits et à favoriser leur intégration.
Le travail du soin, un pilier économique mondial invisibilisé
Les femmes migrantes sont un rouage essentiel de l'économie mondiale, particulièrement dans le secteur des soins à la personne. Près d'une personne sur trois employée dans ce secteur à l'échelle mondiale est une femme migrante. L'Organisation internationale du travail (OIT) chiffre à plus de 75 millions le nombre de travailleurs domestiques dans le monde. Au moins 12 millions d'entre eux sont des migrants internationaux, et 80 % de ce groupe sont des femmes. Ces chiffres, bien que significatifs, sous-estiment probablement la réalité en raison de la prévalence du travail non déclaré dans ce secteur.
Le départ de ces femmes est rarement un choix. Il est le plus souvent contraint par l'absence de perspectives économiques et sociales dans leur pays d'origine. Ce phénomène, qualifié de "féminisation de la migration", n'est pas nouveau. Des recherches historiques montrent que la part des femmes dans les flux migratoires mondiaux a connu des variations importantes au fil des siècles. Si la migration de travail du XIXe et du début du XXe siècle était majoritairement masculine, la part des femmes a commencé à augmenter de manière significative bien avant les années 1960. Entre 1960 et 2015, la proportion de femmes parmi les migrants internationaux n'a que légèrement augmenté, passant de 46,6 % à 48 %. La "féminisation" récente est donc moins une question de volume que de visibilité et de la nature de la migration, avec de plus en plus de femmes migrant de manière autonome pour le travail, et non plus seulement dans le cadre du regroupement familial. Elles migrent pour subvenir aux besoins de leur famille, envoyant une part substantielle de leurs revenus. Une étude d'ONU Femmes basée sur 11 enquêtes nationales montre que, bien qu'elles gagnent généralement moins que les hommes et paient des frais de transfert plus élevés, les femmes migrantes envoient des montants équivalents, voire supérieurs. Cela implique qu'elles remettent une part plus importante de leurs revenus, souvent au détriment de leurs propres besoins. Ces transferts de fonds, qui ont atteint 656 milliards de dollars en 2023 selon la Banque mondiale, constituent une source de revenus vitale pour de nombreuses économies en développement, dépassant souvent l'aide publique au développement. La demande croissante de personnel soignant dans les pays à revenu élevé, due au vieillissement de la population et à l'entrée des femmes sur le marché du travail, agit comme un puissant facteur d'attraction. Les femmes migrantes comblent ainsi un déficit de main-d'œuvre critique, permettant à des millions d'autres personnes de participer à la vie économique.
Cette contribution fondamentale se heurte pourtant à une exclusion juridique et sociale quasi systématique. Le rapport du WIMN dénonce le fait que de nombreux pays excluent explicitement les travailleurs domestiques de leur législation du travail. Cette absence de protection les expose à des conditions de travail abusives, à l'exploitation par des employeurs peu scrupuleux et à une précarité constante. Leur statut migratoire, souvent irrégulier ou précaire, les prive de l'accès à l'information, à l'assistance juridique et aux services de santé. Elles deviennent une main-d'œuvre invisible, corvéable à merci, sans recours possible en cas d'abus.
Les mécanismes de l'exclusion et les leviers du changement
L'exclusion des femmes migrantes n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat de mécanismes structurels délibérés. Les systèmes de visas liés à l'employeur, dont le système de la kafala en vigueur dans plusieurs États du Golfe est l'exemple le plus extrême, enchaînent les travailleuses à leurs employeurs. Elles ne peuvent ni changer d'emploi, ni quitter le pays sans l'autorisation de leur "parrain", une situation assimilable à de l'esclavage moderne. La criminalisation de la migration irrégulière et la militarisation croissante des frontières ne font qu'aggraver leur vulnérabilité. En les poussant vers des itinéraires migratoires plus dangereux et plus coûteux, ces politiques les livrent aux mains des passeurs et des réseaux criminels, augmentant les risques de violence, de traite et d'exploitation.
Face à ce constat, des politiques publiques et des initiatives locales prouvent que des alternatives existent. Le programme canadien d'accueil des nouveaux arrivants se distingue par son approche intégrée. Il ne se contente pas de fournir un hébergement, mais déploie un éventail de services d'établissement à travers plus de 500 organisations partenaires. Un soutien spécifique est offert aux femmes victimes de violence, incluant des plans de sécurité personnalisés et un accès à des services médicaux et sociaux. Des programmes réservés aux femmes, comme des cours de langue et des formations professionnelles, sont dispensés dans des espaces sûrs pour renforcer leur confiance et leurs compétences. L'initiative pilote pour les nouvelles arrivantes racisées cible spécifiquement les obstacles à l'emploi et à l'avancement professionnel, luttant contre la discrimination systémique.
En Italie, le tissu associatif et coopératif offre un autre modèle d'intégration par l'économique. Des coopératives sociales, souvent créées par des femmes migrantes elles-mêmes, leur permettent de s'extraire du secteur domestique et de créer leurs propres activités. Ces structures, comme l'association des femmes marocaines qui lutte contre les violences conjugales ou celle des femmes philippines qui œuvre à la reconnaissance de leurs compétences, deviennent des lieux d'émancipation. Elles combinent formation, médiation avec les institutions et plaidoyer pour les droits. Ce modèle d'empowerment permet aux femmes de passer du statut de victime à celui d'actrice de leur propre intégration.
À une échelle régionale, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Amérique centrale a initié un programme qui s'attaque aux racines de la vulnérabilité. Dans une région où les femmes constituent 53 % des migrants, le programme vise trois objectifs. Premièrement, il renforce la coordination entre les institutions gouvernementales et les organisations de la société civile. Deuxièmement, il déploie des campagnes de sensibilisation pour prévenir la violence basée sur le genre tout au long du parcours migratoire. Troisièmement, il améliore les capacités de réintégration psychologique, sociale et économique des femmes qui retournent dans leur pays d'origine, souvent après des expériences traumatisantes. Ce programme reconnaît que la protection doit être transnationale et couvrir l'ensemble du cycle migratoire.
Ces exemples, bien que différents dans leur approche, partagent une philosophie commune. Ils démontrent que l'intégration réussie repose sur un triptyque : la garantie des droits juridiques, l'autonomisation économique et un soutien social et psychologique adapté. Ils prouvent que lorsque la volonté politique est présente, des solutions efficaces peuvent être mises en œuvre.
Nuances et limites : des modèles à l'épreuve des faits
L'existence de politiques qui fonctionnent ne doit pas occulter la complexité du défi. Même les modèles d'intégration les plus ambitieux se heurtent à des obstacles importants. Le modèle suédois, longtemps cité en exemple pour sa générosité, montre aujourd'hui des signes d'essoufflement. L'accueil de 163 000 demandeurs d'asile en 2015 a mis le système sous tension. Les difficultés d'accès à un emploi correspondant aux qualifications, la lenteur de l'apprentissage de la langue et la non-reconnaissance des diplômes étrangers ont créé une classe de migrants instruits mais sous-employés. Cette situation a nourri un sentiment de frustration et a fourni un terreau fertile à la montée de la xénophobie, incarnée par le parti des Démocrates de Suède. En réaction, le gouvernement a durci sa politique migratoire, renforçant les contrôles aux frontières et augmentant les expulsions, marquant un recul par rapport à sa tradition d'ouverture.
De même, les initiatives locales, aussi inspirantes soient-elles, peinent à changer d'échelle. Les coopératives italiennes, bien qu'efficaces pour les femmes qui y participent, ne représentent qu'une goutte d'eau face à la masse des travailleuses domestiques. Leur succès dépend souvent du dévouement de quelques individus et de financements précaires. Le programme de l'OIM en Amérique centrale, pour sa part, reste tributaire de la coopération d'États aux priorités politiques parfois divergentes et aux ressources limitées. Ces initiatives sont des laboratoires d'innovation sociale précieux, mais elles ne peuvent remplacer une action structurelle et coordonnée des États.
Enfin, la question de la migration des femmes pour le travail du soin soulève un paradoxe. En partant prendre soin des enfants et des personnes âgées dans les pays riches, ces femmes laissent derrière elles leurs propres familles. Ce "care drain", ou fuite des soins, crée un déficit de soin dans leurs communautés d'origine, qui est souvent comblé par d'autres femmes, encore plus pauvres, dans un cycle qui se perpétue. Une approche globale de la migration doit donc aussi prendre en compte l'impact sur les pays de départ et investir dans des systèmes de protection sociale universels.
L'impact de la migration sur la santé mentale des femmes est un autre angle mort des politiques publiques. Le parcours migratoire est en soi un événement stressant, mais il est aggravé pour les femmes par une exposition accrue à la violence. Le rapport du European Network of Migrant Women (ENMW) de 2021 détaille les risques psychologiques aux trois phases de la migration. Avant le départ, elles peuvent être victimes de persécutions et de violences. Pendant le trajet, les risques de violences sexuelles, d'exploitation et de traite sont omniprésents. Après l'arrivée, le stress de l'acculturation, la barrière de la langue, les difficultés économiques, la discrimination et l'isolement social peuvent entraîner des troubles tels que la dépression, l'anxiété et le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Les études montrent que les femmes migrantes ont des niveaux de symptômes dépressifs plus élevés et sont deux fois plus susceptibles de développer un TSPT que les hommes, malgré une exposition parfois moindre à des événements traumatiques directs. L'accès aux soins de santé mentale est entravé par des barrières culturelles, linguistiques et financières, ainsi que par la peur de la stigmatisation et des conséquences sur leur statut migratoire.
Perspective : de la reconnaissance à l'action politique
Le rapport du WIMN, appuyé par les données d'ONU Femmes et de l'OIT, ainsi que par les exemples de politiques réussies, administre une preuve claire : l'exclusion et l'exploitation des femmes migrantes ne sont pas une fatalité. Des solutions juridiques, économiques et sociales existent. La question centrale est celle de la volonté politique. Les États sont-ils prêts à dépasser les discours et à engager les réformes structurelles nécessaires pour garantir les droits et la dignité de ces 149 millions de femmes ?
Le Forum d'examen des migrations internationales de 2026 représente une échéance politique majeure. Ce sera l'occasion pour les gouvernements de rendre des comptes sur leurs engagements au titre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Pour être crédibles, ces engagements devront se traduire par des actions concrètes, telles que préconisées par le WIMN : l'abolition des systèmes de visas qui lient les travailleurs à un seul employeur, la mise en place de mécanismes de régularisation larges menant à la résidence permanente, la garantie de l'accès à la justice et à la protection sociale pour toutes et tous, et un soutien financier accru aux initiatives de la société civile qui favorisent l'autonomie et l'intégration des femmes migrantes. L'avenir de millions de femmes, et la cohésion des sociétés qui les accueillent, en dépendent.
Références
- 1. Women in Migration Network (2026). Rapport Focus sur les Migrations dans le Monde 2026.
- 2. Gouvernement du Canada (2021, 19 juillet). Services pour les nouvelles arrivantes.
- 3. InfoMigrants (2017, 27 juillet). Migrants : le modèle d’intégration suédois à bout de souffle ?.
- 4. Anna Elia (2015). Femmes et migrations en Italie. Hommes & migrations, 1311.
- 5. Organisation internationale pour les migrations (2016, 2 novembre). L'OIM lance une initiative visant à protéger les femmes migrantes en Amérique centrale.
- 6. ONU Femmes (2025, 15 décembre). Démystifier cinq idées reçues courantes sur les femmes migrantes.
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