36,6 millions d’hectares reboisés durant le 14e Plan quinquennal chinois (2021-2025). Dans le désert du Sahara, des arbres fruitiers poussent grâce à une technologie chinoise appelée SHUBAO. Cette transplantation technologique transforme les succès domestiques chinois en diplomatie environnementale, révélant un nouveau modèle de coopération Sud-Sud.

La Chine déploie désormais ses innovations anti-désertification développées dans le désert du Taklamakan au service du Grand Mur Vert africain. Cette stratégie illustre comment Pékin transforme ses défis environnementaux internes en influence géopolitique, redéfinissant les termes de la coopération internationale sur l’environnement.

L’essentiel

  • 549 millions de mu (36,6 millions d’hectares) de terres reboisées en Chine durant le 14e Plan quinquennal (2021-2025)
  • Technologie SHUBAO testée au Sahara mauritanien par des équipes sino-mauritaniennes
  • 170 milliards de dollars de prêts chinois accordés à 49 pays africains entre 2000 et 2022
  • Le Grand Mur Vert africain n’a restauré que 4 millions d’hectares entre 2007 et 2020, loin de l’objectif de 100 millions d’hectares d’ici 2030

Une innovation chinoise transplantée au Sahara

La technologie SHUBAO, développée par l’inventeur chinois de 67 ans Zhao Shuhai, collecte et stocke l’humidité de l’environnement, la libérant graduellement pendant les périodes sèches pour maintenir la croissance avec un minimum d’irrigation. Une charge d’eau dans SHUBAO peut maintenir un arbre pendant trois à quatre mois.

Au centre du Parc technologique vert Chine-Afrique en Mauritanie, des orangers et des grenadiers s’enracinent dans les sables mouvants du Sahara. Les résidents locaux affirment que les arbres nécessitent un entretien minimal et pourraient commencer à porter des fruits dès l’année prochaine.

Cette expérimentation révèle l’ambition chinoise de transformer ses innovations domestiques en outils d’influence internationale. SHUBAO a été présentée lors de la 16e session de la Conférence des Parties (COP16) de la Convention des Nations Unies pour lutter contre la désertification en 2024. La technologie a déposé des brevets dans plus de 70 pays, y compris en Chine, aux États-Unis, au Canada et dans certaines régions d’Afrique.

Un modèle chinois forgé par 47 ans d’expérience

Le Grand Mur Vert de la Chine, lancé en 1978, s’étend sur 4 000 km à travers le nord de la Chine d’ouest en est et implique une plantation d’arbres étendue, la restauration des prairies et des pratiques de gestion durable des terres. D’ici fin 2024, le projet a augmenté la couverture forestière régionale de 5,05% en 1978 à 13,84%, et réduit la désertification de 15%.

La Chine a pris la tête mondiale dans la réalisation d’une “croissance zéro” de la dégradation des terres. Au cours des dernières décennies, la Chine a étendu sa zone de reboisement de 32 millions d’hectares sous un programme de reboisement et restauré 53% de ses terres désertifiées traitables.

Cette expertise technique s’accompagne d’une philosophie particulière. Contrairement aux modèles de conservation soutenus par l’Occident, qui se concentrent principalement sur la restauration écologique, la stratégie chinoise se concentre sur l’éco-développementalisme, intégrant la plantation d’arbres avec les infrastructures à grande échelle, les énergies renouvelables et la transformation des moyens de subsistance.

Le Grand Mur Vert africain cherche un second souffle

Le Grand Mur Vert a été officiellement adopté par l’Union africaine en 2007 avec un plan de restauration de 100 millions d’hectares de terres dégradées du Sénégal et de la Mauritanie à Djibouti d’ici 2030. Le projet n’a réussi à restaurer que 4 millions d’hectares de terres dégradées entre 2007 et 2020, ce qui le place loin de son objectif de réhabiliter 100 millions d’hectares d’ici 2030.

Le Sahara s’étend vers le sud au rythme de 131 mètres par jour et dans une décennie, les terres arides couvriront 500 kilomètres supplémentaires si rien n’est fait pour arrêter son expansion annuelle de 48 kilomètres. Cette urgence climatique offre à la Chine une fenêtre d’opportunité diplomatique.

En plus de la construction de la zone de démonstration pilote, la Chine a formé 45 techniciens locaux aux technologies de verdissement et créé 120 emplois pour la communauté locale. Dans un entretien récent avec Xinhua, la ministre mauritanienne de l’Environnement Messouda Baham Mohamed Laghdaf a qualifié le parc de “révolution verte en préparation” et a décrit la Chine comme un partenaire “irremplaçable”.

Une diplomatie verte au service des Nouvelles Routes de la Soie

Cette coopération sino-africaine s’inscrit dans le cadre plus large de l’Initiative des Nouvelles Routes de la Soie. L’Initiative Belt and Road a gagné une traction significative en Afrique depuis son lancement en 2013, avec 53 nations africaines participant à des degrés divers. En 2023, les pays africains ont reçu 21,7 milliards de dollars d’investissements BRI.

Cette coopération fait partie du cadre de coopération environnementale Belt and Road de la Chine. L’Initiative Belt and Road de la Chine fournit un soutien technologique et financier, tandis que le projet du Grand Mur Vert africain offre une expertise régionale et une coordination.

La stratégie chinoise révèle une approche pragmatique de la coopération environnementale. Contre le décor de déserts régénérés et de stations forestières expérimentales, les délégués témoignent de ce que les responsables et universitaires chinois appellent “le modèle chinois” de développement des terres arides - une approche complète du contrôle de la désertification affinée par des décennies d’expérimentation socio-écologique à grande échelle.

Les tensions autour de la dépendance technologique

Cette coopération suscite des interrogations sur l’autonomie technologique africaine. Les analyses académiques récentes indiquent que le transfert de connaissances doit tenir compte des différences climatiques, sociales et économiques, évitant la réplication automatique de modèles.

Bien que les technologies comme l’irrigation alimentée par l’énergie solaire et la fixation du sable montrent des promesses, leur mise en œuvre en Afrique fait face à des défis logistiques et de gouvernance. Les experts soulignent que le succès pratique dépend plus d’un financement stable, d’une gouvernance efficace et d’un engagement local que de déclarations formelles.

L’initiative expose une division philosophique : les ambitions africaines axées sur la restauration versus le modèle chinois éco-développemental dirigé par l’infrastructure. Cette tension illustre les défis de l’adaptation des solutions technologiques chinoises aux contextes africains spécifiques.

Vers une nouvelle géographie de la coopération Sud-Sud

Les responsables et experts de la Chine et de l’Afrique ont appelé à une coopération scientifique et technologique plus forte pour lutter contre la désertification et la dégradation des terres. La coopération entre la Mauritanie et la Chine dans la lutte contre la désertification est devenue un exemple pratique de coopération Sud-Sud.

Cette dynamique transforme les rapports traditionnels de coopération internationale. La Chine s’est toujours vue comme un partenaire naturellement proche de l’Afrique, et plus généralement du Sud Global. “En tant que partie contractante dans la lutte mondiale contre la désertification, la Chine a à la fois la responsabilité et l’engagement de promouvoir ces technologies. Nous sommes une communauté avec un avenir partagé”.

Le succès de cette coopération sino-africaine sur l’environnement pourrait redéfinir les modèles de transfert technologique. Contrairement aux approches occidentales traditionnelles souvent accompagnées de conditionnalités strictes, la Chine propose un modèle de coopération technique moins contraignant mais potentiellement créateur de nouvelles dépendances.

L’expérience mauritanienne avec la technologie SHUBAO dessine les contours d’une nouvelle géographie de l’innovation environnementale, où les solutions développées dans le Taklamakan trouvent leur application dans le Sahara, illustrant la montée en puissance de la coopération technique Sud-Sud.

Sources

  1. China’s tech innovation in tree planting reshapes efforts to green arid land
  2. China’s tech innovation in tree planting reshapes efforts to green arid land - Xinhua