61% du PIB mondial converge vers Shenzhen en novembre 2026 pour la 33e réunion des dirigeants économiques de l’APEC. Selon l’Unité de soutien politique de l’APEC, les économies APEC représentent 61% du PIB nominal mondial et 46% du commerce mondial en 2024. La Chine utilise sa présidence de ce forum rassemblant 21 économies pour promouvoir son modèle de “communauté Asie-Pacifique” face aux politiques protectionnistes américaines.
La Chine a défini trois priorités pour l’APEC 2026 – ouverture, innovation, coopération – comme moyens de traduire cette vision en actions concrètes. Cette stratégie vise à contrer la fragmentation géoéconomique dans une région qui génère près de la moitié du commerce mondial, mais les tensions géopolitiques sous-jacentes limitent les avancées possibles.
La Chine redéfinit l’agenda économique régional
La Chine, hôte de l’APEC 2026, a introduit son thème “Construire une communauté Asie-Pacifique pour prospérer ensemble”. Ma Zhaoxu a souligné que la communauté Asie-Pacifique n’est pas seulement une aspiration mais aussi un ensemble d’actions pratiques.
L’ampleur du défi économique justifie cette mobilisation. La croissance économique dans la région APEC devrait modérer à 2,6 et 2,7% en 2025 et 2026, une chute marquée par rapport aux 3,6% de croissance enregistrés en 2024. Cette révision à la baisse révèle l’impact persistant de l’incertitude politique sur l’économie régionale.
La coopération reste fondamentale pour la prospérité Asie-Pacifique. Ma a souligné le rôle de l’APEC comme premier forum de coopération économique de la région et appelé à une coordination plus profonde dans la politique fiscale, la sécurité alimentaire, l’énergie, les PME, les transports, le tourisme, les ressources humaines et la santé publique.
Les trois piliers de la stratégie chinoise
Ouverture économique : L’ouverture constitue depuis longtemps la force vitale de la région puisque les tarifs moyens dans l’APEC sont passés de 17% à 5%. 2026 marquant le 20e anniversaire de la Zone de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP), Beijing appelle au soutien continu du système commercial multilatéral.
Innovation technologique : Sur l’innovation, Ma a souligné le changement technologique rapide, particulièrement en intelligence artificielle, comme moteur de nouveaux leviers de croissance. Il a appelé l’APEC à approfondir la collaboration sur les technologies de pointe, développer les services publics numériques et promouvoir l’interopérabilité des standards.
Coopération renforcée : Le Comité sur le commerce et l’investissement discutera ses priorités pour 2026, incluant la coopération pour soutenir le système commercial multilatéral, la facilitation commerciale et l’intégration économique régionale. Les économies visent à renforcer le consensus sur l’esprit du régionalisme ouvert et faire avancer le processus de FTAAP.
Pékin capitalise sur les faiblesses du leadership américain
La décision de Trump d’éviter l’APEC s’inscrit dans son dédain bien connu pour les grands forums multinationaux traditionnellement utilisés pour traiter les problèmes mondiaux. Mais son rejet brutal de l’APEC risque d’aggraver la réputation américaine dans un forum qui représente près de 40% de la population mondiale et plus de la moitié du commerce mondial de marchandises.
Cette absence crée un vide que Beijing remplit méthodiquement. Beijing a cherché à occuper la position rhétorique dominante, se présentant comme défenseur de l’ouverture et du multilatéralisme. Le discours de Xi au forum de Coopération économique Asie-Pacifique présente la Chine comme championne du libre-échange et du développement inclusif, s’opposant au “protectionnisme, unilatéralisme et intimidation”.
L’efficacité de cette stratégie se mesure dans les faits. Pour les États Asie-Pacifique, le marché chinois devient de plus en plus accessible que le marché américain. L’engagement économique de la Chine avec l’ASEAN a porté ses fruits. En 2002, la Chine a cofondé la Zone de libre-échange ASEAN-Chine, multipliant exponentiellement le volume des échanges entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. Depuis le lancement, les exportations chinoises vers l’ASEAN ont augmenté de 12 fois, et ses importations de l’ASEAN de 9 fois.
Shenzhen, vitrine du miracle économique chinois
Shenzhen fournit un cadre approprié pour cette rencontre. L’une des premières zones économiques spéciales de la Chine et désormais le principal hub commercial du pays, la ville est passée d’un PIB de seulement 270 millions de yuans en 1980 à 3,68 billions de yuans en 2024, avec un commerce total atteignant environ 4,5 billions de yuans l’année dernière.
Ce choix symbolique n’est pas fortuit. Xi a noté que Shenzhen, située sur la côte Pacifique, s’est développée d’un petit village de pêcheurs arriéré en métropole internationale moderne au cours des dernières décennies. Il a salué l’essor de la ville comme un miracle dans l’histoire du développement mondial créé par le peuple chinois, et une fenêtre importante sur la poursuite inébranlable de la Chine d’une stratégie d’ouverture mutuellement bénéfique.
La ville incarne la vision chinoise d’un développement économique guidé par l’État mais ouvert aux investissements internationaux, contrastant avec le modèle néolibéral occidental.
Les limites structurelles du projet chinois
Malgré l’offensive de charme, les tensions géopolitiques sous-jacentes limitent la portée de l’initiative chinoise. Le rapport attire l’attention sur les défis structurels croissants. “Des hausses tarifaires et mesures de rétorsion à la suspension des procédures de facilitation commerciale et à la prolifération des barrières non-tarifaires, nous assistons à un environnement qui n’est pas propice au commerce”.
Les économies APEC connaissent une dégradation plus forte de la croissance que le reste du monde. La croissance du PIB régional devrait ralentir significativement à 2,6-2,7% en 2025-2026, contre 3,6% en 2024. Ces projections sont notablement inférieures aux prévisions de 3,1-3,3% de l’Analyse des tendances régionales APEC de mars 2025, soulignant comment la montée des tensions commerciales et l’incertitude accrue minent la reprise.
Les défis fiscaux s’accumulent. La dette brute du gouvernement général dans l’APEC devrait dépasser 110% du PIB d’ici 2026, une augmentation significative par rapport aux prévisions antérieures. Cela reflète les dépenses persistantes liées à la pandémie, la récupération plus lente des revenus et les dépenses accrues pour soutenir la croissance et les services sociaux alors que les populations vieillissent.
Une fenêtre d’opportunité limitée dans le temps
Cette perspective est partagée par la Directrice générale de l’OMC Ngozi Okonjo-Iweala. Elle soutient que l’analyse de l’OMC révèle que l’escalade commerciale États-Unis-Chine pourrait conduire à une réduction de 80% de leur commerce bilatéral de marchandises et risquer de diviser l’économie mondiale en deux blocs séparés. Si cela se produit, l’OMC estime que le PIB réel mondial serait inférieur de près de 7% d’ici 2040.
Face à cette fragmentation potentielle, la Chine mise sur l’APEC comme plateforme de légitimation de son approche multilatérale. L’Union européenne et les groupements économiques Asie-Pacifique devraient joindre leurs forces pour sauvegarder le multilatéralisme et le libre-échange. C’est ce que font les membres originaux de l’ASEAN, instillant volontairement le multilatéralisme dans leurs tarifs préférentiels en les offrant aux non-membres sur une base de nation la plus favorisée.
L’APEC 2026 représente pour Beijing une opportunité stratégique de redéfinir l’ordre économique régional selon ses termes. Mais le succès de cette vision dépendra de la capacité chinoise à concilier ses ambitions géopolitiques avec les impératifs économiques d’une région de plus en plus fragmentée. Les dirigeants économiques qui se rassembleront à Shenzhen en novembre 2026 devront naviguer entre l’attrait du marché chinois et les pressions géopolitiques américaines, dans un contexte où 61% du PIB mondial cherche un équilibre entre coopération et souveraineté.
Sources :