Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, annonce la création du concours général des collèges dont la première édition se déroulera au cours de l’année scolaire 2026-2027. 3,38 millions de collégiens pourront prétendre à ce nouveau dispositif qui vise à démocratiser l’excellence académique en amont du lycée.

Cette extension du modèle du concours général, créé en 1744 et distinguant depuis plus de deux siècles les meilleurs élèves des lycées, répond à une logique de détection précoce des talents sur l’ensemble du territoire. Chaque collège pourra inscrire jusqu’à 10% de ses élèves de 3e, avec une obligation de parité entre filles et garçons.

Les règles du jeu pour 338 000 élèves de troisième potentiels

Les épreuves nationales se dérouleront en janvier 2027 dans toutes les académies. Celles-ci proclameront les résultats au printemps, permettant ainsi de valoriser les lauréats sur tout le territoire, puis un évènement national rassemblera les meilleurs candidats pour une remise des prix.

Le concours général des collèges comportera cinq épreuves individuelles possibles. Ces disciplines couvrent des formes d’excellence différentes : Mathématiques et sciences, avec une épreuve de résolution de problème. Les autres matières incluent français, histoire-géographie, arts et numérique-codage. Chaque élève ne pourra candidater que dans une seule matière, avec des inscriptions à l’automne et des épreuves organisées en janvier et février.

Le concours est paritaire : pour chaque épreuve, autant de filles que de garçons seront inscrits. Cette exigence d’égalité vise à corriger les déséquilibres observés dans certaines disciplines scientifiques où les garçons restent surreprésentés.

L’éducation prioritaire face au défi de l’excellence

La création de ce concours intervient dans un contexte marqué par de fortes inégalités territoriales. À la rentrée 2023, 1 093 réseaux composent la carte de l’éducation prioritaire : 731 collèges et 4 136 écoles en REP, 362 collèges et 2 459 écoles en REP+. Au total, plus de 1,7 millions d’élèves bénéficient des différents dispositifs de l’éducation prioritaire.

Quatre collèges REP+ sur dix sont concentrés dans cinq départements : Nord, Guyane, Seine-Saint-Denis, Bouches-du-Rhône et Réunion. Cette concentration géographique des difficultés se traduit par des écarts de résultats substantiels. La part des élèves “maîtrisant les éléments du français” en début de sixième s’élève à 91,6% à Paris, 90,8% à Rennes et 89,7% à Clermont-Ferrand.

47% des élèves de CE1 des écoles en REP+ ont une maîtrise satisfaisante de la compréhension des mots à l’oral, contre 79,7% des écoles publiques hors éducation prioritaire. Ces écarts précoces se répercutent mécaniquement sur les chances de succès au nouveau concours.

Le concours général des lycées, un modèle à double tranchant

L’expérience du concours général des lycées révèle les enjeux du nouveau dispositif collégien. En 2022, 17 543 candidats se sont présentés et 281 ont été récompensés. En 2023, le concours a rassemblé 19 870 candidats avec 150 prix attribués à 148 lauréats.

Le classement des lycées préparant le mieux aux épreuves du concours général est dominé par quatre lycées : Henri IV et Louis-le-Grand suivis par le Collège Stanislas et Saint-Louis de Gonzague. 50% des distinctions dans les matières prestigieuses viennent d’élèves des 4 meilleurs lycées et près de 20% pour le seul Lycée Louis-le-Grand. Les résultats obtenus par ces quatre lycées restent assez serrés et creusent un écart conséquent avec les suivants.

Cette concentration parisienne illustre les limites d’un système qui peut renforcer les inégalités existantes plutôt que de les corriger. À compter de la session 2026, le nombre de candidats est limité à 10% de l’effectif arrondi à l’unité supérieure des élèves qui suivent cette discipline dans l’établissement aux niveaux concernés par le concours.

Les résistances syndicales convergent contre la sélection précoce

Les déclarations d’Édouard Geffray rappellent furieusement celles de Gabriel Attal, ex-ministre de l’Éducation nationale, qui assumait les groupes de niveau du “Choc des savoirs” comme un moyen permettant aux meilleurs élèves de “s’envoler”.

S’il s’agit de faire de ce concours général l’antichambre du concours général des lycées, symbole d’une forme d’élitisme et d’entre soi, le SNES-FSU le réaffirme avec force, notre système éducatif n’a pas besoin de ça ! Les syndicats pointent une contradiction majeure avec les objectifs affichés de démocratisation.

Cela ne répond à aucune demande des personnels pour redonner du sens à leur travail, ni des élèves. Pour la CFDT, cela ne répond à aucune demande sociale dans la communauté éducative. On ajoute une pression évaluative au lieu de laisser du temps aux apprentissages. On glorifie la compétition dont plusieurs études montrent qu’elle peut avoir des effets délétères en termes de santé mentale.

Le durcissement parallèle du brevet alimente les tensions

Cette initiative s’accompagne d’un renforcement des exigences du diplôme national du brevet. À partir de la session 2026, les épreuves finales compteront pour 60% de la note, contre 50% auparavant. Édouard Geffray anticipe d’ailleurs une baisse nette du taux de réussite au brevet. Il évoque même une possible chute “assez drastique” et dit s’attendre à “75% de réussite au brevet avec beaucoup moins de mentions”.

Geffray a confirmé que “les travaux ont commencé” dans ces collèges prioritaires, où un accompagnement renforcé sera mis en place dès la rentrée 2026. Après une phase de diagnostic au premier trimestre, les établissements concernés devront identifier les “leviers prioritaires” pour relever le niveau des élèves les plus fragiles.

Cette double dynamique - durcissement des évaluations et création d’un concours d’excellence - suscite l’interrogation des acteurs de terrain. “On risque de stigmatiser les élèves en difficulté, en leur rappelant qu’ils ne sont pas dans le bon groupe,” s’inquiète une enseignante de Seine-Saint-Denis.

Le concours général des collèges cristallise le débat français sur l’égalité versus l’excellence. Le système scolaire français a pour objectif de sélectionner une minorité de très bons élèves et de les porter vers les écoles d’excellence de l’enseignement supérieur, via les classes préparatoires. Pas de tirer l’ensemble des enfants vers le haut en ne laissant aucun élève sur le bord du chemin. L’école française, pourtant très majoritairement publique, fonctionne sur le modèle du marché, sur la base de la concurrence entre enfants. Cette initiative confirme une orientation philosophique qui privilégie la détection des talents à leur développement collectif.

Sources :

  1. Création du concours général des collèges en 2026-2027 | Ministère de l’Éducation nationale

  2. Le concours général des collèges : un concours national pour valoriser les excellences | Ministère de l’Éducation nationale

  3. Le concours général des lycées et des métiers : un prix d’excellence | Ministère de l’Éducation nationale

  4. L’éducation nationale en chiffres, édition 2025 | Ministère de l’Éducation nationale

  5. L’éducation prioritaire | Ministère de l’Education nationale

  6. Les inégalités sociales, de l’école primaire à la fin du collège

  7. Le ministère de l’Éducation a cartographié les inégalités scolaires territoriales