610 000 décès en 2024. L’estimation du nombre de décès dus au paludisme s’élevait à 610 000 en 2024 contre 597 000 en 2023. Les décès augmentent de 2% en un an, et la maladie frappe avant tout les plus jeunes : dans la région africaine de l’OMS, 75% des victimes du paludisme sont des enfants de moins de 5 ans. Pourtant, un cap décisif est franchi en 2025 : 24 pays africains proposent désormais des vaccins contre le paludisme dans le cadre des programmes de vaccination infantile.
Cette première campagne vaccinale massive contre le paludisme cible plus de 10 millions d’enfants annuellement avec deux vaccins désormais disponibles. L’Afrique, qui concentre 95% des cas mondiaux et 95% des décès, dispose pour la première fois d’outils de prévention vaccinale adaptés à ses populations les plus exposées.
Deux vaccins transforment la prévention du paludisme
Le déploiement s’appuie sur deux vaccins complémentaires : le RTS,S (Mosquirix) recommandé par l’OMS en 2021 et le R21/Matrix-M recommandé par l’OMS en octobre 2023. Les données cliniques confirment une efficacité substantielle pour les deux produits.
Le RTS,S montre une réduction de 13% de la mortalité infantile globale dans les programmes pilotes menés au Ghana, au Kenya et au Malawi entre 2019 et 2023. Cette diminution dépasse les projections initiales car le vaccin protège indirectement contre d’autres pathologies en renforçant l’état de santé général des enfants vaccinés.
Le R21/Matrix-M démontre une efficacité plus élevée : 75% d’efficacité vaccinale sur 12 mois dans les zones de transmission saisonnière et 68% dans les zones de transmission pérenne. Le groupe d’âge de 5 à 17 mois, principal bénéficiaire du déploiement à grande échelle, présente la plus haute efficacité vaccinale sur 12 mois : 79% dans les sites saisonniers et 75% dans les sites standard.
Depuis 2023, plus de 12 millions de doses de vaccin financées conjointement par Gavi et les pays ont été achetées et livrées par l’UNICEF. L’ampleur de cette coordination logistique est notable pour un vaccin spécifiquement conçu pour l’Afrique subsaharienne.
L’Afrique prend le contrôle de sa production vaccinale
La stratégie d’approvisionnement change la donne. Le vaccin R21/Matrix-M est licencié au Serum Institute of India, le plus grand fabricant de vaccins au monde, qui a déjà établi une capacité de production de 100 millions de doses par an, qui sera doublée au cours des deux prochaines années.
La demande mondiale annuelle de vaccins contre le paludisme est estimée à 40-60 millions de doses d’ici 2026 seulement, pour atteindre 80-100 millions de doses par an d’ici 2030. L’Inde, partenaire historique de l’Afrique dans le secteur pharmaceutique, devient ainsi le fournisseur principal d’un vaccin conçu pour les besoins africains.
Le coût du R21/Matrix-M est annoncé à moins de 5 dollars par injection, soit un prix accessible aux budgets sanitaires africains. Ce tarif, nettement inférieur aux prix pratiqués par les grands laboratoires occidentaux, s’inscrit dans une logique de coopération Sud-Sud.
Le financement suit cette logique de partenariat. Entre 2026 et 2030, Gavi vise à soutenir les pays pour atteindre au moins 50 millions d’enfants avec des vaccins contre le paludisme. L’objectif suppose des investissements considérables : en 2024, le financement disponible pour le paludisme de 3,9 milliards de dollars est tombé bien en deçà de l’objectif de 9,3 milliards de dollars de la Stratégie technique mondiale.
14 pays introduisent simultanément la vaccination en 2024
L’année 2024 a vu un déploiement massif et rapide. Quatorze pays ont introduit les vaccins pour la première fois en 2024 : Cameroun, Burkina Faso, Sierra Leone, Bénin, Liberia, Côte d’Ivoire, Soudan du Sud, Mozambique, République centrafricaine, Niger, Tchad, République démocratique du Congo, Soudan et Nigeria.
Le fardeau total du paludisme dans les 17 pays d’Afrique qui vaccinent actuellement les enfants représente 70% du fardeau mondial selon le Rapport mondial sur le paludisme 2024. La stratégie de ciblage privilégie les zones où l’impact sanitaire sera maximal.
Les premiers retours du Cameroun, pays pilote depuis janvier 2024, confirment l’efficacité opérationnelle. Les données publiées ce mois-ci par le Programme élargi de vaccination du Cameroun ont révélé que les districts inclus dans la première vague de vaccination ont connu une baisse plus importante, de 17% de toutes les consultations hospitalières/cliniques pour enfants.
Huit pays supplémentaires prévoient d’introduire le vaccin contre le paludisme dans leurs programmes de vaccination infantile en 2025, et 13 ont obtenu le soutien de Gavi pour étendre leurs programmes nationaux. Le mouvement s’accélère malgré des contraintes logistiques et financières persistantes.
Les limites révèlent les défis structurels
Le déploiement révèle néanmoins des contraintes importantes. La plupart des pays mettent en œuvre des programmes en dessous de leur objectif national d’extension en raison d’un financement limité. L’offre vaccinale seule ne suffit pas à combler l’écart de financement.
La résistance aux traitements complique également l’équation sanitaire. La résistance partielle aux dérivés d’artémisinine – la colonne vertébrale des traitements contre le paludisme après l’échec de la chloroquine et de la sulfadoxine-pyriméthamine – a été confirmée ou suspectée dans au moins 8 pays d’Afrique. La menace sur l’efficacité des traitements curatifs renforce l’urgence des approches préventives.
L’impact climatique aggrave la situation épidémiologique. Selon le rapport de l’Alliance africaine des dirigeants contre le paludisme, le nombre de mois propices à la transmission du paludisme dans les hauts plateaux africains a augmenté de 14%. Le paludisme gagne des territoires où il n’existait pas auparavant.
Une révolution sanitaire encore fragile
Pour la première fois, l’Afrique dispose d’une protection immunologique directe contre sa première cause de mortalité infantile, après des décennies où seules les moustiquaires et les traitements curatifs étaient disponibles.
Le partenariat Inde-Afrique pour la production vaccinale contourne les circuits pharmaceutiques occidentaux et démontre la capacité du Sud global à répondre à ses propres besoins sanitaires. La réduction du coût unitaire à moins de 5 dollars par dose rend possible une couverture vaccinale massive dans des économies aux budgets sanitaires contraints.
Mais la fenêtre d’opportunité reste étroite. Une diminution de 20% du financement de la santé pourrait entraîner 12 millions de décès d’enfants supplémentaires d’ici 2045. L’efficacité des vaccins disponibles, bien que substantielle, ne garantit pas l’éradication sans un financement soutenu des autres interventions complémentaires.
La question est désormais financière et politique : l’Afrique parviendra-t-elle à maintenir le flux d’investissements nécessaire pour que ces vaccins tiennent leur promesse ?