En janvier 2026, le FMI a révisé à la hausse ses prévisions à 3,3%, mais en avril 2026, il les a révisées à la baisse à 3,1% à cause de la guerre Iran-États-Unis. Cette capacité d’adaptation inattendue des entreprises face aux turbulences tarifaires américaines témoigne néanmoins d’une résilience remarquable de l’économie mondiale.
L’économie mondiale montre une résilience remarquable face aux perturbations commerciales et douanières, dépassant les anticipations initiales du Fonds monétaire international. Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI, observe : “Nous constatons que la croissance mondiale reste assez résiliente” et “l’économie mondiale se remet des perturbations commerciales et douanières de 2025 et s’en sort mieux que ce que nous avions prévu”.
L’essentiel
- La croissance mondiale a été révisée à 3,3% pour 2026 en janvier, puis réajustée à 3,1% en avril due au conflit Iran-États-Unis
- Les entreprises se sont adaptées aux tarifs américains en réorganisant leurs chaînes d’approvisionnement
- Les investissements en intelligence artificielle soutiennent particulièrement la croissance américaine et chinoise
- Cette volatilité des prévisions illustre l’incertitude géopolitique actuelle
Les entreprises réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement
L’adaptation entrepreneuriale face aux tarifs douaniers américains constitue le principal facteur de cette résilience économique. Les entreprises ont réorganisé leurs chaînes d’approvisionnement, tandis que la Chine a réorienté ses exportations vers des marchés autres que les États-Unis.
Les États-Unis ont instauré un taux douanier uniforme de 10% qui s’applique désormais à une large base de produits importés, utilisant la section 122 du Trade Act plutôt que l’IEEPA invalidée par la Cour suprême. Face à cette nouvelle donne, les entreprises exportatrices réajustent leurs stratégies d’export : analyse de la structure de coûts et adaptation des prix, diversification géographique vers d’autres marchés, renégociation de clauses contractuelles liées aux droits de douane.
La rapidité d’adaptation surprend les économistes. Les experts soulignent que “diversifier sa chaîne d’approvisionnement, cela ne se fait pas du jour au lendemain” et que “trouver des fournisseurs alternatifs peut être long et compliqué”. Pourtant, les entreprises européennes disposent déjà d’une expérience précieuse en matière d’adaptation aux chocs commerciaux grâce aux leçons tirées du Brexit ou de la pandémie qui ont accéléré l’adoption de stratégies plus flexibles.
L’intelligence artificielle tire la croissance américaine
L’intelligence artificielle joue un rôle majeur dans la révision à la hausse des prévisions américaines, avec des investissements massifs qui “viennent tirer la croissance” selon Pierre-Olivier Gourinchas. Bank of America prévoit une croissance américaine de 2,4% d’ici fin 2026, au-dessus du consensus, portée par les investissements d’entreprise, les mesures fiscales et les récentes baisses de taux.
Les investissements mondiaux en intelligence artificielle ont atteint 202,3 milliards de dollars en 2025, représentant 50% de tout le capital-risque déployé dans le monde. Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft concentreraient près de 650 milliards de dollars cette année pour étendre leurs infrastructures dédiées à l’IA.
L’intelligence artificielle alimente un nouveau cycle d’investissement qui pourrait se développer davantage l’année prochaine. Les dépenses d’investissement du secteur technologique auraient contribué à hauteur d’environ 50 points de base à la croissance du PIB américain en 2025, et pourraient encore apporter près de 100 points de base supplémentaires cette année.
La Chine maintient sa dynamique malgré les tensions
La croissance chinoise est révisée à la hausse à 4,5% pour 2026 (+0,3 point), mais montre des signes de ralentissement après deux années à 5%, avec une prévision de 4% pour 2027. Cette performance dépasse également les attentes avec des prévisions de 4,7% pour 2026.
Cette révision à la hausse tient compte d’une réduction de 10 points de pourcentage des droits de douane américains sur les produits chinois pendant un an, ainsi que de la poursuite du détournement des exportations chinoises. La Chine démontre sa capacité à réorienter ses flux commerciaux pour contourner les barrières tarifaires américaines, comme l’illustre la recomposition en cours de la géographie économique mondiale.
L’Europe bénéficie d’une reprise progressive
La croissance européenne devrait être un peu inférieure à celle de 2025, à 1,3% contre 1,4%, mais la prévision pour 2026 est revue en légère hausse par rapport à l’estimation initiale d’octobre (+0,1 point).
L’Allemagne semble enfin sur le point de sortir de plusieurs années difficiles après la pandémie — 0,25% de croissance seulement en 2025 après deux années de récession — pour repasser au-dessus de 1% cette année (1,1% attendu, +0,2 point). Cette accélération s’explique par “des dépenses militaires et investissements publics en hausse, ainsi que les effets décalés de la détente de la politique monétaire”.
L’Espagne devrait être de nouveau l’économie européenne la plus dynamique, avec une croissance attendue à 2,3% (+0,3 point). Cette performance européenne contraste avec les défis que pose l’intelligence artificielle au marché du travail européen, où l’adaptation aux nouvelles technologies devient cruciale.
Les risques de fragmentation persistent
Malgré cette résilience, les risques de dégradation dominent ces perspectives. Une prolongation ou une extension des conflits, une aggravation de la fragmentation géopolitique, une réévaluation des attentes quant à la productivité induite par l’intelligence artificielle, ou un regain de tensions commerciales pourraient sensiblement fragiliser la croissance.
Les droits de douane ne sont qu’un facteur parmi d’autres dans un environnement mondial en mutation, mais ils rappellent que la résilience logistique est désormais un avantage concurrentiel. Investir dans des chaînes d’approvisionnement robustes, transparentes et agiles n’est plus une option, mais une nécessité.
Le consensus parmi les investisseurs professionnels est que plus de 90% des startups d’IA échoueront malgré les flux de capitaux massifs, mais les survivantes généreront des rendements qui justifieront le risque au niveau du portefeuille. Cette concentration des risques sur l’intelligence artificielle interroge la durabilité de l’optimisme économique actuel.
La capacité d’adaptation démontrée par les entreprises face aux turbulences de 2025 témoigne d’une maturation de l’économie mondiale face aux chocs géopolitiques. Reste à déterminer si cette résilience pourra perdurer face à une fragmentation structurelle plus profonde et aux défis énergétiques et technologiques à venir. L’intelligence artificielle, moteur de croissance aujourd’hui, pourrait-elle devenir demain un facteur d’instabilité si les promesses de productivité tardent à se matérialiser ?