Plus d‘1 milliard de personnes vivent avec l’obésité, associée à 3,7 millions de décès en 2024. Pourtant, même avec une expansion rapide de la production, les thérapies GLP-1 ne devraient atteindre moins de 10% de ceux qui pourraient en bénéficier d’ici 2030, selon l’OMS. Pendant qu’Eli Lilly devient la première entreprise pharmaceutique à atteindre 1 000 milliards de dollars de capitalisation grâce au succès de ses médicaments anti-obésité, 65% des patients sans diabète arrêtent leur traitement GLP-1 dans l’année, et seuls 38,5% continuent après trois ans.
L’OMS vient d’émettre ses premières recommandations conditionnelles pour l’utilisation des thérapies GLP-1 dans le traitement de l’obésité. Cette révolution médicale transforme des vies mais révèle une équation économique implacable : jamais une innovation pharmaceutique n’avait créé un fossé d’accès aussi profond entre promesse thérapeutique et réalité économique.
Plus d‘1 milliard de personnes obèses face à 100 millions d’accès aux traitements
Selon l’étude NCD Risk Factor Collaboration publiée en 2024, plus d’un milliard de personnes vivent avec l’obésité : 880 millions d’adultes et 159 millions d’enfants et adolescents âgés de 5 à 19 ans. La prévalence mondiale de l’obésité a plus que doublé entre 1990 et 2022, touchant désormais 16% des adultes de plus de 18 ans dans le monde.
Même avec une expansion rapide de la production, les thérapies GLP-1 sont projetées pour atteindre moins de 10% de ceux qui pourraient en bénéficier d’ici 2030, alerte l’OMS. La pénétration des GLP-1 reste faible globalement, avec environ 2% de la population obèse utilisant actuellement ces médicaments. Les estimations prévoient qu’environ 25 millions d’Américains seront sous traitement GLP-1 d’ici 2030, contre 10 millions en 2025.
Cette disproportion révèle l’ampleur du défi. Pour chaque patient ayant accès aux GLP-1, neuf autres restent exclus. Sans politiques délibérées, l’accès à ces thérapies pourrait exacerber les disparités sanitaires existantes, prévient l’OMS.
Eli Lilly entre dans le club des 1 000 milliards pendant que 90% des patients restent exclus
Eli Lilly a franchi la barre des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière le vendredi, devenant la première entreprise de santé au monde à rejoindre ce club exclusif dominé par les entreprises technologiques. Les revenus combinés de ses médicaments anti-obésité Zepbound et Mounjaro devraient totaliser 34,3 milliards de dollars en 2025.
Zepbound, la thérapie GLP-1 de la société pour l’obésité, peut aider les gens à perdre environ un cinquième de leur poids et présente un potentiel d’aide pour le cœur, les reins et d’autres organes. Mounjaro, le médicament contre le diabète qui partage le même principe actif appelé tirzepatide, a un effet profond sur la maladie, aidant quatre personnes sur cinq avec une glycémie non contrôlée à la ramener dans une fourchette saine.
Cette ascension fulgurante contraste avec la réalité de l’accès. Les GLP-1 de marque se situent à un niveau de prix qui peut être hors de portée pour la plupart des consommateurs. Alors que la plupart des grands assureurs et régimes Medicare couvrent les GLP-1 pour le diabète de type 2, la couverture des GLP-1 pour l’obésité et la gestion du poids est beaucoup plus limitée et souvent exclue des régimes standard.
En novembre 2025, l’administration Trump a annoncé des accords historiques avec Eli Lilly et Novo Nordisk réduisant le prix mensuel des médicaments GLP-1 pour la perte de poids de plus de 1 000$ à seulement 245$ pour les patients éligibles. À partir de mi-2026, Medicare commencera à couvrir ces médicaments pour certains groupes de patients.
Un patient sur douze reste sous traitement après trois ans
Au-delà de l’accès initial, la continuité du traitement pose un défi majeur. Parmi 73 895 nouveaux utilisateurs de GLP-1, l’incidence cumulative d’arrêt du traitement était de 23,6% à un an et de 38,5% à trois ans. Cette statistique signifie que seuls 61,5% des patients restent sous traitement après trois ans, soit environ un patient sur douze par rapport à la population obèse totale.
L’arrêt à un an était significativement plus élevé pour les patients sans diabète de type 2 (65,1%) par rapport à ceux avec diabète (45,8%). Dans le monde réel, les taux d’arrêt restent élevés : 46,5% chez les personnes diabétiques et 64,8% chez celles sans diabète, principalement en raison du coût élevé et des effets gastro-intestinaux indésirables.
Tout bénéfice acquis au cours de la prise des médicaments GLP-1 se perd rapidement lorsque les patients arrêtent. Ces résultats soulignent l’importance de maintenir un traitement continu par GLP-1 pour soutenir les bénéfices cardiovasculaires. L’arrêt des GLP-1 était associé à une reprise de poids significative : en moyenne 5,63 kg et 5,81% du poids corporel.
L’inégalité économique détermine l’accès aux traitements révolutionnaires
Chaque augmentation d’un point de pourcentage du coût personnel par approvisionnement de 30 jours de GLP-1 était associée à des probabilités accrues d’arrêt (rapport de cotes, 1,02). Un revenu plus élevé était fortement et progressivement associé à un taux d’arrêt plus faible chez ceux avec diabète de type 2. Comparés à ceux avec des revenus inférieurs à 30 000$, les risques d’arrêt étaient de 0,7 pour ceux avec des revenus supérieurs à 80 000$.
Cette stratification économique de l’accès révèle la dimension politique de l’obésité. Environ 55% des employeurs commerciaux couvrent actuellement les GLP-1 pour l’obésité, mais 15% de ceux-ci ont abandonné la couverture en raison de coûts non viables. Les patients avaient des probabilités significativement plus élevées d’arrêt à 12 mois s’ils étaient noirs ou hispaniques, de sexe masculin, et inscrits à Medicare ou Medicaid.
L’OMS appelle la communauté mondiale à considérer des stratégies pour élargir l’accès, telles que l’approvisionnement groupé, la tarification étagée et les licences volontaires. Les brevets des GLP-1 doivent expirer dans de grands marchés comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Canada et la Turquie, où 40% de la population mondiale (et environ 33% des adultes considérés obèses) vivent.
L’OMS recommande enfin mais avec des conditions strictes
Avec la nouvelle directive, l’OMS émet des recommandations conditionnelles pour l’utilisation de ces thérapies afin de soutenir les personnes vivant avec l’obésité. Bien que l’efficacité de ces thérapies dans le traitement de l’obésité et l’amélioration des résultats métaboliques et autres soit évidente, la recommandation est conditionnelle en raison de données limitées sur leur efficacité et sécurité à long terme.
Bien que les thérapies GLP-1 représentent la première option de traitement efficace pour les adultes obèses, la directive de l’OMS souligne que les médicaments seuls ne résoudront pas le problème. Des interventions comportementales intensives, incluant des interventions structurées impliquant une alimentation saine et une activité physique, peuvent être offertes aux adultes vivant avec l’obésité prescrits des thérapies GLP-1. Ceci est basé sur des preuves de faible certitude suggérant que cela peut améliorer les résultats du traitement.
Les GLP-1 ont été ajoutés à la Liste des Médicaments Essentiels pour le diabète mais pas pour l’obésité, malgré les directives de traitement de l’obésité de l’OMS publiées en décembre 2025 recommandant leur utilisation. Cette dissonance révèle les tensions entre reconnaissance scientifique et accessibilité économique.
La fracture créée par les GLP-1 dépasse celle de toute innovation pharmaceutique précédente. Pour la première fois, une thérapie révolutionnaire génère simultanément des capitalisations record et une exclusion massive des bénéficiaires potentiels. Entre efficacité prouvée et accès rationné, l’humanité découvre que l’innovation médicale peut creuser autant d’inégalités qu’elle en résout.
Sources
- WHO issues global guideline on the use of GLP-1 medicines in treating obesity
- How Supply and Demand for Weight Loss Drugs is Playing Out in 2026 - JP Morgan
- Eli Lilly becomes first drugmaker to hit $1 trillion in market value - BioPharma Dive
- Treatment discontinuation among users of GLP-1 receptor agonists and SGLT2 inhibitors - PMC
- Discontinuation and Reinitiation of GLP-1 Receptor Agonists Among US Adults with Overweight or Obesity - medRxiv
- Prevalence of Obesity - World Obesity Federation
- Obesity and overweight - WHO