La capacité mondiale d'énergie renouvelable a atteint un record de 5 149 gigawatts à la fin de 2025, soit une hausse de 692 GW par rapport à 2024, portant la part des renouvelables dans la capacité électrique mondiale à 49,4% en 2025, contre 46,3% l'année précédente. Pour la première fois depuis l'industrialisation, les énergies renouvelables rivalisent avec les fossiles en capacité installée.

Cette parité historique n'était attendue par aucun analyste si tôt. Les projections les plus optimistes tablaient sur cette bascule vers 2027. Pourtant, la production électrique issue des énergies renouvelables a supplanté celle issue des énergies fossiles lors du premier semestre 2025, comptabilisant 5 072 TWh contre 4 896 TWh d'énergie issue du fossile. Plus révélateur encore : ces chiffres sont bien supérieurs à la croissance de 116 GW de la capacité de production à partir de combustibles fossiles, confirmant que l'humanité construit désormais six fois plus d'énergie propre que d'énergie sale.

Le basculement passe inaperçu parce qu'il se mesure en capacité installée, pas en production effective. L'écart entre les deux concentre les vrais enjeux : intermittence, stabilité du réseau, redistribution géopolitique du pouvoir énergétique.

La logique économique a basculé sans bruit

Le coût de l'électricité produite par plus de 90 % des nouvelles énergies renouvelables dans le monde est inférieur au coût du nouveau combustible fossile le moins cher. Les renouvelables ont conquis leur position dominante par le prix, avant même que les États ne s'en aperçoivent.

Le solaire a porté l'essentiel de la croissance, avec de 511 GW en 2025 pour atteindre 2 392 GW, confirmant sa position de première source renouvelable au monde. À lui seul, le solaire a couvert 83% de la hausse de la demande électrique. L'éolien suit avec 159 GW de nouvelles installations, portant la capacité installée totale à 1 291 GW.

Le paysage énergétique bouge plus vite que les politiques publiques ne peuvent l'encadrer. En 2023, le secteur de l'énergie propre a contribué à hauteur de 10 % à la croissance du PIB mondial. En Inde, 5 %. Aux États-Unis, 6 %. En Chine – l'un des leaders de la transition énergétique –, 20 %. Et dans l'Union européenne, près de 33 %.

692 gigawatts ajoutés en 2025 : l'accélération chinoise

La capacité mondiale d'énergie renouvelable a atteint un record de 5 149 gigawatts fin 2025, soit une hausse de 692 GW par rapport à 2024. Une progression de 15,5% en un an dépasse toutes les prévisions sectorielles.

La Chine a installé 311 GW de solaire et 119 GW d'éolien en 2025, des records historiques. Avec 1 200 GW de solaire et 640 GW d'éolien cumulés, ces deux technologies dépassent désormais la capacité thermique chinoise (1 500 GW) de 340 GW.

La domination chinoise redessine les équilibres géopolitiques. La Chine contrôle 44% de la capacité mondiale solaire et éolienne, plus que l'Union européenne, les États-Unis et l'Inde réunis. Les renouvelables représentent désormais 47,3% du mix électrique chinois, une progression qui s'accélère malgré l'ajout simultané de 93 GW de capacité fossile.

L'Inde suit une trajectoire similaire mais décalée. Le sous-continent a multiplié ses ajouts renouvelables par 60% en 2025, avec 50 GW de solaire et plus de 6 GW d'éolien. L'éolien indien a presque doublé, passant de 3,4 GW à 6,3 GW installés en un an.

Le paradoxe de la parité : capacité versus production

Atteindre 49% de capacité renouvelable ne signifie pas produire 49% d'électricité renouvelable. Au total, les renouvelables ont fourni 34% de l'électricité mondiale. L'écart révèle les limites du facteur de charge.

Le charbon - dont la combustion émet de très importantes quantités de CO2 - reste de très loin la principale source d'électricité dans le monde (34,4% en 2024), tandis que le gaz fournit 21%. Les fossiles restent indispensables pour compenser l'intermittence.

Le défi de l'intermittence impose des solutions coûteuses. Les batteries actuelles ne fournissent que 2 à 4 heures de stockage, insuffisant pour compenser plusieurs jours sans vent ou soleil. La variabilité crée le phénomène de "courbe du canard", où la production renouvelable chute brutalement le soir quand la demande augmente.

L'Europe et les États-Unis : croissance modérée mais transformation qualitative

L'éolien et le solaire ont dépassé les énergies fossiles dans l'Union européenne en 2025. Le continent ajoute 19,1 GW d'éolien (+16%), dépassant les 300 GW de capacité totale.

La transition européenne s'accompagne d'innovations techniques. Les onduleurs intelligents régulent dynamiquement la production selon les conditions du réseau, contrôlant fréquence et tension tout en évitant les îlotages. Ces technologies de "grid-forming" permettent aux renouvelables de stabiliser le réseau au lieu de le déstabiliser.

Les États-Unis installent 4,9 GW d'éolien, 25,6 GW de solaire centralisé et 5,5 GW de solaire distribué en 2025. Mais la croissance reste en deçà des ambitions climatiques. Les pays du G7 stagnent autour de 520 GW dans leurs pipelines éolien et solaire depuis 2023, malgré les appels d'IRENA à doubler leurs installations annuelles d'ici 2030.

Les défis du stockage et de la stabilité réseau

La croissance du stockage accompagne l'essor solaire : les coûts de batteries chutent de 45% en 2025 tandis que la capacité installée bondit de 46%. Suffisamment de batteries ont été ajoutées pour décaler 14% de la production solaire du midi vers d'autres heures.

Le stockage par batteries change l'économie énergétique. Les systèmes IRESS (Integrated Renewable Energy Storage Systems) intègrent production renouvelable et stockage pour maximiser l'efficacité et minimiser la dépendance au réseau. L'excédent est stocké pendant les pics de production puis libéré quand la demande augmente, stabilisant l'approvisionnement et renforçant la résilience.

Pourtant, les défis techniques persistent. La panne électrique espagnole d'avril 2025 rappelle l'importance de la stabilité des réseaux avec le déploiement massif d'énergies intermittentes. Des oscillations de tension atypiques, avec des variations de fréquence notables, ont provoqué des déconnexions en cascade incluant des centrales renouvelables.

La géopolitique énergétique en mutation

La parité redéfinit les rapports de force internationaux. « La crise au Moyen-Orient a, d'une certaine manière, confirmé de façon notable que la sécurité énergétique n'est pas une chose dont nous pouvons être sûrs avec les combustibles fossiles », souligne Francesco La Camera, directeur général d'IRENA.

Les combustibles fossiles constituent aujourd'hui la plus grande menace pour la sécurité énergétique. Ils laissent les économies et les populations à la merci des variations de prix, des ruptures d'approvisionnement et des turbulences géopolitiques.

La transition suit des rythmes différents selon les régions. L'Afrique enregistre sa plus forte hausse avec +15,9% (11,3 GW), menée par l'Éthiopie, l'Afrique du Sud et l'Égypte. Le Moyen-Orient connaît sa plus forte croissance annuelle (+28,9%), tirée par l'Arabie saoudite.

Le défi de l'objectif COP28

Les groupements du secteur des renouvelables ont déclaré l'année dernière que l'atteinte de l'objectif d'ici 2030 nécessiterait une croissance annuelle de 16,6% entre 2025 et 2030. Malgré ces records, l'objectif COP28 de tripler les renouvelables à 11 TW d'ici 2030 demeure hors d'atteinte. Avec 5,15 TW fin 2025, il manque encore 5,85 TW à installer en cinq ans.

IRENA calcule qu'il faut installer près de 1 100 GW annuels jusqu'en 2030, soit plus du double du record 2025. Les investissements doivent bondir de 570 milliards de dollars en 2023 à 1 550 milliards en moyenne entre 2024 et 2030.

Le triplement nécessite une accélération systémique. Les énergies fossiles bénéficient de subventions à la consommation neuf fois plus importantes que les renouvelables au niveau mondial. Alors que les subventions fossiles atteignent 1,3 billion de dollars en 2022, les membres du G20 ont distribué 1,4 billion de fonds publics aux combustibles fossiles, contredisant directement l'engagement COP28.

2025 marque ainsi un tournant paradoxal : la parité renouvelable est atteinte en capacité installée, mais personne ne s'attendait à ce que cette bascule survienne si discrètement. L'humanité produit désormais autant d'énergie propre que d'énergie fossile, transformant silencieusement l'équation énergétique mondiale pendant que les débats politiques se focalisent encore sur les transitions futures.