La Banque de réserve indienne révise sa projection de croissance du PIB pour l’exercice 2025-26 à la hausse, de 6,8% à 7,3%. Le FMI prévoit de son côté une croissance de 5,0% pour la Chine en 2025 et 4,5% en 2026. Ce basculement majeur marque la transition de la Chine vers un modèle économique mature tandis que l’Inde exploite son dividende démographique.
La démographie indienne transforme l’équation asiatique
L’Inde conserve un âge médian de 29,8 ans en 2024, contre 40,2 en Chine. 68% de la population indienne a entre 15 et 64 ans, créant un potentiel de “dividende démographique” où une large population en âge de travailler peut stimuler la croissance économique.
Cette jeunesse se traduit par une dynamique de consommation que la Chine peine à retrouver. Malgré sa croissance résiliente, la Chine fait face à des déséquilibres significatifs avec une demande intérieure faible et des pressions déflationnistes. L’ajustement prolongé du secteur immobilier, les répercussions sur les finances des gouvernements locaux et la confiance des consommateurs affaiblie ont conduit à une demande intérieure faible.
Le contraste démographique se creuse. L’Inde affiche un profil nettement plus jeune avec environ 65% des Indiens de moins de 35 ans et un âge médian d’environ 28-29 ans. Cette bosse de jeunesse se traduit par un important groupe en âge de travailler - les personnes âgées de 15 à 64 ans - qui soutient l’activité économique.
L’écart de développement demeure colossal
Malgré sa croissance supérieure, l’Inde reste loin derrière la Chine en termes de richesse par habitant. En 2025, la Chine (13 806 dollars) est presque 4,83 fois plus riche que l’Inde (2 818 dollars) en nominal et 2,39 fois plus riche selon la méthode PPA. Le classement par habitant de la Chine et de l’Inde est respectivement 78e et 146e en termes nominaux.
Cette disparité révèle l’ampleur du chemin à parcourir. L’Inde affiche un PIB de 4,3 billions de dollars en 2026, se classant 4e parmi les plus grandes économies mondiales. Le revenu par habitant de l’Inde est estimé à 2 934 dollars (environ 2,4-2,5 lakh roupies) en 2026, marquant une amélioration constante par rapport aux années précédentes.
L’écart absolu entre les deux économies reste massif. En 2025, le PIB de la Chine de 19 399 milliards de dollars est 4,58 fois supérieur à celui de l’Inde de 4 125 milliards de dollars. Sur une base PPA, le PIB de la Chine (41 016 milliards de dollars internationaux) représente 2,27 fois celui de l’Inde (17 714 milliards de dollars internationaux).
Les réformes structurelles alimentent la croissance indienne
L’Inde bénéficie d’un momentum réformateur qui transforme son économie. La transformation a été portée par cinq changements structurels : la création d’un marché national unifié grâce à la GST, l’investissement massif en infrastructure, les incitations manufacturières alignées sur les chaînes de valeur mondiales, une infrastructure publique numérique de classe mondiale, et la réparation du système financier. Les résultats concrets démontrent que ces réformes changent le comportement des entreprises sur le terrain.
La stratégie gouvernementale mise sur l’investissement productif plutôt que sur la relance par la consommation. Cette approche construit des capacités productives et réduit la structure de coûts de l’économie. L’autoroute Delhi-Mumbai, les corridors de fret dédiés et les projets de modernisation portuaire ont déjà commencé à changer la façon dont les fabricants planifient leurs sites d’usine et leurs chaînes d’approvisionnement.
Les incitations manufacturières portent leurs fruits. La transformation de l’Inde en un hub manufacturier majeur de téléphones mobiles en est l’exemple le plus visible. Les sous-traitants d’Apple - Foxconn, Pegatron et Tata Electronics - produisent désormais des dizaines de milliards de dollars d’iPhones en Inde chaque année. Cela ne s’est pas produit uniquement grâce aux bas salaires ; c’est arrivé parce que la politique a réduit les risques, récompensé l’échelle et aligné l’Inde sur les chaînes de valeur mondiales.
L’investissement étranger confirme le basculement
Les investissements étrangers valident cette dynamique. En 2025, les engagements d’investissement direct étranger mondial ont atteint “au moins” 135 milliards de dollars. Microsoft a annoncé un investissement de plus de 20 milliards de dollars pour construire de nouveaux centres de données dans le but d’améliorer l’infrastructure cloud et IA du pays.
Le secteur technologique attire particulièrement. Des investissements de près de 70 milliards de dollars sont déjà en cours dans le secteur des centres de données en Inde, avec 90 milliards de dollars supplémentaires dans des projets annoncés. Le cadre fiscal proposé s’étendant jusqu’en 2047 offre une visibilité politique à long terme pour de tels investissements intensifs en capital.
L’attraction dépasse le secteur numérique. Les exportations de l’Inde vers les États-Unis ont augmenté d’environ 11% en glissement annuel (avril à novembre 2025) et ont bondi de 22% en novembre. Selon un rapport de Morgan Stanley, l’investissement en infrastructure de l’Inde devrait augmenter progressivement de 5,3% du PIB en exercice 2024 à 6,5% du PIB d’ici l’exercice 2029.
La Chine face aux défis du vieillissement
Pendant ce temps, la Chine affronte une transition économique difficile. La priorité politique clé est de passer à un modèle de croissance tiré par la consommation, qui est l’un des objectifs déclarés du gouvernement dans le 15e plan quinquennal. Cette transition nécessite des politiques macroéconomiques expansionnistes plus urgentes et plus énergiques.
Le défi démographique chinois s’aggrave. La population de la Chine a diminué annuellement ces dernières années, avec des naissances tombant à des niveaux inédits dans les archives modernes et des décès en hausse à mesure que la structure d’âge se décale vers le haut. Le taux de fécondité total de la Chine est tombé à environ 1,0 ou en dessous, entraînant moins de naissances que de décès dans une société vieillissante.
Cette évolution contraint la croissance potentielle. S’ajoutent les défis du ralentissement de la croissance de la productivité, des niveaux élevés d’endettement des entreprises et du secteur public, des rendements décroissants de l’investissement, et une population vieillissante. Pris ensemble, ces facteurs pointent vers une croissance plus lente à l’avenir.
L’Inde devient ainsi le moteur de croissance asiatique par défaut, exploitant son dividende démographique pendant que la Chine gère sa maturité économique. Ce basculement redéfinit les équilibres régionaux, même si l’écart de développement absolu rappelle que le rattrapage sera long. La question n’est plus de savoir si l’Inde croîtra plus vite, mais si elle saura transformer cet avantage temporel en développement durable.
Sources
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Calyvia - Chine ou Inde : quel marché émergent privilégier en 2026 ?
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PIB Government of India - 2025: A Defining Year for India’s Growth
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IMF - IMF Staff Completes 2025 Article IV Mission to the People’s Republic of China
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Baker McKenzie - What’s on the Horizon for Business with India in 2026?
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PIB Government of India - Budget 2026–27 Sets the Stage for India as a Global Hub