800 institutions scientifiques de plus de 80 pays mobilisées par l’OMS pour la Journée mondiale de la santé 2026. Cette démonstration de force institutionnelle masque un défi plus complexe : convertir cette mobilisation en confiance populaire retrouvée auprès d’opinions publiques échaudées par la gestion du Covid-19.

L’Organisation mondiale de la santé mise sur la science collaborative pour réparer une confiance ébranlée. La confiance dans la science a légèrement augmenté de 76% à 77% entre 2024 et 2025 aux États-Unis selon Pew Research, mais cette stabilité apparente cache des fractures profondes.

L’essentiel

  • 800 institutions scientifiques de plus de 80 pays participent à la première réunion mondiale des Centres collaborateurs de l’OMS (7-9 avril 2026)
  • Les divisions partisanes sur la confiance scientifique se sont accentuées pendant la pandémie Covid, particulièrement aux États-Unis
  • La désinformation sanitaire a réduit l’adhésion aux mesures de santé publique et accru l’hésitation vaccinale
  • Le Sommet international One Health (5-7 avril) et le Forum de l’OMS forment “le plus grand réseau scientifique jamais réuni” autour d’une agence onusienne

La mobilisation institutionnelle ne garantit pas l’adhésion populaire

L’OMS a réuni les représentants de plus de 800 institutions désignées comme Centres collaborateurs de l’OMS dans plus de 80 pays lors du premier Forum mondial de ces centres. Cette convergence sans précédent illustre la capacité d’organisation de l’establishment scientifique mondial, mais elle révèle aussi son isolement croissant vis-à-vis du grand public.

Selon une étude récente publiée dans Current Opinion in Psychology, il existe peu de preuves d’une crise publique de la confiance dans la science au niveau mondial. Cependant, une polarisation de cette confiance est observée dans certains pays, révélant que le problème n’est pas uniforme mais concentré dans des contextes politiques spécifiques.

Le réseau des centres collaborateurs compte plus de 800 institutions dans 80 pays, menant plus de 4000 activités en soutien aux programmes de l’OMS. Cette infrastructure impressionnante contraste avec la perception américaine : près des deux tiers des démocrates estiment que les États-Unis perdent du terrain dans les réalisations scientifiques comparés à d’autres pays, contre seulement un tiers des républicains.

L’infodémie comme symptôme d’une défiance plus profonde

L’OMS a désigné la désinformation comme l’une des principales menaces à la santé publique. L’OMS n’a pas créé le terme “infodémie” mais l’a popularisé. Le terme a été forgé par Gunther Eysenbach en 2002 pour décrire la prolifération d’informations trompeuses et fausses créées pendant une crise sanitaire. Cette infodémie a entraîné l’évitement vaccinal, le refus du port du masque et l’utilisation de médicaments aux données scientifiques insignifiantes, contribuant à augmenter la morbidité.

Faire confiance à la science et aux scientifiques est associé à une probabilité plus faible d’exprimer un schéma de croyance qui approuve des récits définitivement ou probablement désinformés. Cette corrélation suggère que contrairement à l’orientation politique et à l’engagement religieux qui peuvent devenir partie d’une identité personnelle, la confiance dans la science est potentiellement modifiable.

La lutte contre la désinformation nécessite une approche multicouches impliquant des interventions réactives (vérification des faits), proactives (littératie numérique, engagement communautaire) et structurelles (politique et transparence algorithmique). Pourtant, les preuves soutenant l’efficacité des interventions contre la désinformation Covid-19 restent variables selon les caractéristiques des études.

L’approche One Health face aux défis systémiques

Le thème 2026 “Ensemble pour la santé. Soutenez la science” célèbre le pouvoir de la collaboration scientifique pour protéger la santé des humains, des animaux, des plantes et de la planète. Cette approche One Health reconnaît que la santé des personnes est inséparable de celle des animaux, des plantes et des écosystèmes, nécessitant une action coordonnée entre secteurs.

Environ 60% des maladies infectieuses connues chez l’humain proviennent des animaux, et environ 75% des maladies infectieuses émergentes sont zoonotiques. Cette interconnexion justifie l’approche One Health qui traite la santé humaine, animale et environnementale comme les parties d’un même système : pour prévenir la prochaine pandémie, il faut surveiller non seulement les hôpitaux, mais aussi les forêts, les fermes, la faune et les patterns climatiques.

Dans la région Asie du Sud-Est, les pays mettent déjà cette approche en pratique : le Bangladesh renforce la surveillance intégrée de la dengue, le Sri Lanka et le Bhoutan ont avancé sur la priorisation des maladies zoonotiques, l’Inde développe la surveillance numérique et la Thaïlande adopte une approche gouvernementale globale.

Les centres collaborateurs révèlent la géographie de la science mondiale

Plus de 800 Centres collaborateurs de l’OMS dans plus de 80 États membres travaillent avec l’OMS sur des domaines comme les soins infirmiers, la santé au travail, les maladies transmissibles, la nutrition, la santé mentale et les technologies de santé. En Inde, il existe 58 Centres collaborateurs couvrant diverses disciplines biomédicales et sciences connexes.

Cette géographie révèle les inégalités mondiales d’expertise scientifique. Parmi les adultes américains, la confiance dans les scientifiques diffère selon l’éducation et le revenu : 42% des adultes avec un diplôme de troisième cycle expriment une grande confiance dans les scientifiques, contre 21% de ceux avec un diplôme secondaire ou moins. 37% des adultes du niveau de revenu familial le plus élevé expriment une grande confiance, contre 25% du niveau le plus faible.

Le Forum s’est conclu avec un sens renouvelé d’engagement à travers le réseau, dépassant les projets scientifiques rigides vers des partenariats plus dynamiques et intégrés. Le réseau des Centres collaborateurs a renforcé les fondations scientifiques de l’Organisation depuis ses premières années.

Le gap entre expertise technique et influence politique

Les Américains sont divisés sur le niveau d’activité qu’ils souhaitent des scientifiques dans les débats de politique publique sur les questions scientifiques. Les Américains ne sont pas convaincus que les scientifiques prennent de meilleures décisions politiques sur les sujets scientifiques que d’autres personnes, ou qu’ils sont moins biaisés dans leur prise de décision.

Le soutien public à un rôle actif des scientifiques dans la politique reste inférieur à ce qu’il était dans les enquêtes de 2019 et début 2020. Dans ces deux enquêtes, 60% des Américains disaient que les scientifiques devraient jouer un rôle actif dans les débats de politique publique sur les questions scientifiques. Cette part est tombée à 48% en septembre 2022, puis a légèrement augmenté (+3 points) dans l’enquête actuelle.

Si un problème existe, il réside dans l’influence limitée des messages scientifiques plutôt que dans la méfiance publique envers les scientifiques. Cette observation suggère que le défi n’est pas tant la crédibilité des scientifiques que leur capacité à traduire leur expertise en action politique concrète.

La confiance dans les institutions scientifiques a subi un coup dur. Les responsables de la santé publique observent qu’un nombre croissant de groupes entiers de personnes remettent en question les fondements scientifiques traditionnels, affectant la capacité des experts à construire des consensus basés sur les preuves.

La stratégie de l’OMS face à un défi multifactoriel

Les participants au Forum ont souligné que la coopération internationale forte demeure essentielle, particulièrement au milieu des réductions du financement de la santé mondiale. Les réponses mondiales coordonnées, l’investissement collectif et la collaboration sont critiques pour empêcher les crises sanitaires locales de devenir des urgences mondiales.

L’OMS a annoncé que la prochaine réunion mondiale des centres collaborateurs aura lieu chaque année pour les deux premières années, puis tous les deux ans. Le prochain Forum se tiendra l’année prochaine le 7 avril à Genève, puis le suivant en 2027.

La mobilisation de 800 institutions par l’OMS constitue un pari ambitieux : prouver que la collaboration scientifique internationale peut regagner la confiance publique ébranlée. La confiance dans les preuves n’est pas donnée mais quelque chose qui doit être cultivé, protégé et étendu à chaque communauté sur terre. L’enjeu dépasse la communication : il s’agit de réconcilier l’excellence technique avec la légitimité démocratique dans un monde où la science n’est plus automatiquement perçue comme neutre.

Sources