120 millions de filles protégées du cancer d’ici 2030
13,3 millions de filles sont déjà vaccinées contre le papillomavirus humain (HPV) dans la région Asie-Pacifique. Gavi, l’Alliance du Vaccin, projette d’atteindre 120 millions de filles vaccinées à l’échelle mondiale d’ici 2030. Cette montée en puissance représente un multiplicateur par neuf en six ans et pourrait prévenir 1,5 million de décès par cancer du col de l’utérus selon les projections de la stratégie Gavi 6.0. L’alliance avait initialement annoncé en juin 2024 que 9 milliards de dollars seraient nécessaires pour sa stratégie 2026-2030, un montant destiné à transformer ce qui reste la quatrième cause de décès par cancer chez les femmes.
342 000 décès annuels concentrés dans 23 pays
Le cancer du col de l’utérus tue 342 000 femmes chaque année dans le monde. Cette pathologie présente une géographie cruelle : 90 % des décès surviennent dans les pays à revenus faibles et intermédiaires, là où l’accès aux soins gynécologiques reste limité. L’Afrique subsaharienne concentre à elle seule 70 % de la mortalité mondiale.
Les 23 pays éligibles au soutien de Gavi rassemblent 80 % de la charge mondiale de ce cancer. L’Inde comptabilise 77 000 décès annuels, devant le Nigeria (12 400), l’Éthiopie (6 800) et la République démocratique du Congo (5 100). Ces quatre pays totalisent près de 30 % des décès mondiaux par cancer cervical.
La vaccination HPV cible les filles de 9 à 14 ans, avant l’exposition au virus. Deux doses administrées à six mois d’intervalle confèrent une protection supérieure à 95 % contre les souches HPV 16 et 18, responsables de 70 % des cancers cervicaux selon l’Organisation mondiale de la santé.
1,5 million de vies sauvées selon les modélisations Gavi
Les projections épidémiologiques de Gavi modélisent l’impact de la vaccination de 120 millions de filles d’ici 2030. Cette cohorte vaccinée préviendrait 1,5 million de décès par cancer cervical sur sa durée de vie. Le calcul repose sur les taux d’incidence actuels et l’efficacité vaccinale démontrée dans les essais cliniques.
L’effet protecteur se mesure déjà dans les pays pionniers. L’Australie, premier pays à introduire la vaccination HPV en 2007, observe une réduction de 77 % de l’incidence du cancer cervical chez les femmes de 25 ans. Le Royaume-Uni enregistre une baisse de 87 % chez les femmes nées après 1995 et vaccinées avant 17 ans.
Ces résultats valident les projections pour les pays en développement, où l’incidence de base reste trois à cinq fois supérieure. Une fille de 12 ans vaccinée au Kenya aujourd’hui voit son risque de cancer cervical chuter de 18 pour 1000 femmes à moins de 2 pour 1000 selon les modèles de l’International Agency for Research on Cancer.
Un financement crucial mais insuffisant pour la stratégie 2026-2030
Lors de sa conférence de reconstitution de juin 2025, Gavi a levé plus de 9 milliards de dollars contre un objectif de 11,9 milliards de dollars, ce qui représente un déficit de 2,9 milliards de dollars pour financer sa stratégie 2026-2030. Cette allocation insuffisante menace les ambitions d’éradication du cancer cervical dans les pays les plus pauvres.
Le coût unitaire de la vaccination HPV a chuté de 4,50 dollars par dose en 2013 à 2,60 dollars aujourd’hui grâce aux négociations avec les fabricants. Cette baisse de 42 % rend financièrement viable la vaccination de masse dans 23 pays éligibles. L’Inde bénéficie d’un prix préférentiel à 2,15 dollars par dose du fait de ses volumes commandés.
Par ailleurs, l’Accélérateur pour la production de vaccins en Afrique (AVMA) a reçu environ 1,2 milliard de dollars en engagements de la part des donateurs pour les 10 prochaines années, ce qui représente un investissement distinct du budget principal de Gavi. La stratégie Gavi 6.0 finance l’achat des vaccins, la formation du personnel soignant, les campagnes d’information et le renforcement des chaînes du froid. Chaque dollar investi génèrerait 26 dollars d’économies en coûts de traitement évités selon l’analyse économique de l’alliance.
L’Asie-Pacifique montre la voie avec 75 % de couverture
La région Asie-Pacifique vaccine déjà 13,3 millions de filles contre le HPV, soit 75 % des filles éligibles dans les pays soutenus par Gavi. Cette performance dépasse l’objectif initial de 70 % fixé pour 2025. Le Bangladesh affiche une couverture de 97 % grâce à son système de vaccination scolaire systématique.
L’Indonésie a vacciné 4,2 millions de filles depuis 2022, intégrant la vaccination HPV dans son programme national. Les Philippines ont redémarré leur campagne en 2019 après une interruption liée aux controverses sur la sécurité vaccinale. La couverture atteint désormais 78 % contre 12 % en 2018.
Le Pakistan représente le défi principal de la région avec seulement 23 % de couverture. Les résistances religieuses et les rumeurs sur la stérilité freinent l’adhésion. Le ministère de la Santé collabore avec les autorités religieuses pour dissiper ces craintes, s’appuyant sur les fatwas favorables émises en Malaisie et en Indonésie.
Les résistances socioculturelles persistent malgré l’efficacité démontrée
Trois types de résistances ralentissent l’adoption de la vaccination HPV dans les pays Gavi. Les objections religieuses représentent le premier obstacle, alimentées par l’idée que vacciner contre une infection sexuellement transmissible encouragerait la promiscuité. Cette perception touche particulièrement l’Afrique de l’Ouest et certaines régions d’Asie du Sud-Est.
Les craintes sur la fertilité constituent le second frein. Des rumeurs persistantes lient la vaccination HPV à la stérilité, malgré l’absence de preuves scientifiques. Le Kenya a suspendu temporairement sa campagne en 2015 face à ces allégations. Seule une communication transparente impliquant les leaders communautaires permet de surmonter ces réticences.
La défiance envers les programmes occidentaux forme le troisième obstacle. Certains groupes interprètent les campagnes de vaccination comme des tentatives de contrôle démographique. Cette méfiance se nourrit du passé colonial et des théories conspirationnistes relayées sur les réseaux sociaux.
L’OMS recommande d’adapter les stratégies de communication aux contextes culturels locaux. Madagascar mise sur l’implication des grand-mères, respectées gardiennes de la santé familiale. Le Tchad forme des agents de santé communautaire issus des communautés cibles pour rassurer les familles.
2030 : l’éradication du cancer cervical devient techniquement possible
L’objectif de 120 millions de filles vaccinées d’ici 2030 s’inscrit dans la stratégie d’élimination du cancer cervical lancée par l’OMS. Cette stratégie fixe trois cibles : 90 % de filles vaccinées avant 15 ans, 70 % de femmes dépistées avant 35 ans et 90 % de femmes malades traitées.
Seuls treize pays atteignent actuellement les trois objectifs simultanément. Tous sont des pays développés disposant de systèmes de santé robustes. Les projections Gavi pourraient porter ce nombre à 47 pays d’ici 2030, incluant pour la première fois des pays africains comme le Rwanda et le Botswana.
L’élimination technique du cancer cervical - définie par une incidence inférieure à 4 cas pour 100 000 femmes - deviendrait ainsi accessible aux trois quarts de la population mondiale féminine. Cette perspective place l’humanité à portée de sa première victoire contre un cancer grâce à la prévention vaccinale systématique.