En 2025, le solde naturel devient négatif en France, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : il est estimé à ‑6 000. Cette bascule marque l’entrée de la France dans une nouvelle ère démographique. Le pays rejoint ainsi les deux tiers des pays européens qui enregistrent déjà plus de décès que de naissances.

Au 1er janvier 2026, la population résidant en France est estimée à 69,1 millions d’habitants : 66,8 millions en France métropolitaine et 2,3 millions dans les départements d’outre-mer. La population augmenterait de +0,25 % sur un an. Mais cette croissance ne tient qu’au solde migratoire de +176 000 personnes en 2025.

L’essentiel

  • Solde naturel négatif de -6 000 : première fois depuis 1945 que les décès (651 000) dépassent les naissances (645 000)
  • Fécondité au plus bas : 1,56 enfant par femme en 2025, niveau le plus faible depuis la Première Guerre mondiale
  • Vieillissement accéléré : les baby-boomers atteignent massivement les âges de forte mortalité depuis 2011
  • Défis systémiques : ratio de dépendance démographique qui passera de 37 % en 2023 à 54 % en 2070

La fécondité s’effondre sous les 1,6 enfant par femme

L’indice conjoncturel de fécondité (ICF) s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025, contre 1,61 en 2024. Le dernier point le plus élevé de cet indice a été enregistré en 2010, avec 2,02 enfants par femme. Cette chute de 23 % en quinze ans place durablement la France sous le seuil de renouvellement des générations de 2,1 enfants par femme.

Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un ICF aussi bas qu’en 2025: en 1918, en France métropolitaine, l’ICF était de 1,56 enfant par femme, et il était descendu à 1,23 en 1916. Cette comparaison historique révèle l’ampleur du phénomène actuel, même si les causes diffèrent radicalement.

L’analyse du taux de fécondité par tranches d’âge montre que le taux de fécondité des femmes de 25 à 29 ans a diminué depuis 2010, s’établissant à 8,2 enfants pour 100 femmes en 2025 contre 12,8 en 2005. Chez les femmes de 35 ans ou plus, le taux de fécondité, en hausse depuis la fin des années 1970, a quant à lui cessé d’augmenter ces dernières années. Le report de l’âge de la maternité ne compense plus la baisse de fécondité des jeunes femmes.

Le baby-boom atteint l’âge de la mortalité

En 2025, le nombre de décès en France est estimé à 651 000, en hausse de 1,5 % par rapport à 2024. Cette hausse est notamment liée à l’épidémie de grippe hivernale, particulièrement virulente en janvier 2025 mais aussi au vieillissement de la population et à « l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom, nées de 1946 à 1974 ».

Depuis 2011, les générations nombreuses du baby-boom, nées entre 1946 et 1974, atteignent progressivement les âges de forte mortalité. Ce phénomène mécanique exercera une pression durable sur les indicateurs de mortalité, indépendamment des crises sanitaires exceptionnelles. Ce vieillissement s’accélère depuis le milieu des années 2010, avec l’arrivée massive des baby-boomers dans les classes d’âge élevées. Les plus âgés d’entre eux atteignent désormais 80 ans, tandis que la part des 75 ans ou plus représente 11,1 % de la population, contre 8,2 % en 2006.

Les personnes de 65 ans et plus sont désormais aussi nombreuses que celles de moins de 20 ans, représentant respectivement 22,2% et 22,5% de la population. En 2006, ces taux étaient respectivement de 16,4% et de 25,1%. Cette inversion des pyramides démographiques transforme l’Europe avec un timing similaire dans la plupart des pays développés.

Le ratio de dépendance explose

Le ratio de dépendance des personnes âgées — rapport entre les plus de 65 ans et les 20-64 ans — passerait de 37 % en 2023 à 45-50 % dès 2040, puis à 54 % en 2070. En 2070, moins de deux actifs financeront chaque retraité, contre 2,7 aujourd’hui.

En 2040, il y aurait 51 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, contre 37 en 2021. Cette dégradation mécanique pèsera sur tous les régimes de retraite par répartition. Le système de retraite par répartition, fondé sur la solidarité intergénérationnelle, est particulièrement sensible à ces évolutions. L’allongement de la durée de vie et l’arrivée à la retraite des générations nombreuses augmentent le nombre de pensionnés plus vite que celui des cotisants.

Les dépenses sensibles au vieillissement représentent déjà plus de 40 % des dépenses publiques, en forte croissance depuis vingt-cinq ans. La seule dépense de retraite atteint 14 % du PIB, un niveau supérieur à la moyenne de la zone euro (11,5 %). Comme observé dans d’autres secteurs, cette pression budgétaire force à repenser les modèles de financement traditionnels.

La France n’est plus l’exception européenne de fécondité

Pendant longtemps, la France a constitué une exception en Europe. Par exemple, l’Allemagne connaît un déficit naturel depuis 1970 et l’Italie depuis 1990. Avec 1,56 enfant par femme en 2025, la France reste plus féconde que la moyenne de l’Union européenne (1,38 enfant par femme en 2023). Mais l’écart se resserre rapidement.

Cette chute de la natalité n’est pas une exception française mais une tendance dans l’ensemble des pays développés, et même contre-intuitivement mais moins fortement dans le monde. La France dispose d’une politique familiale historique et ambitieuse, ce qui lui permet de contenir légèrement le ralentissement démographique, mais pas de l’inverser.

Ça fait 15 ans que les naissances baissent. Moins 25 % de naissances en 15 ans. Et pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel devient négatif. C’est-à-dire qu’il y a plus de décès que de naissances en France. Cette convergence européenne révèle des causes structurelles profondes qui dépassent les politiques nationales.

Les défis économiques et sociaux

Le vieillissement démographique exerce un effet mécanique sur l’offre de travail. Selon la Cour des Comptes, la part des individus en âge d’occuper un emploi devrait passer de 55,3 % de la population en 2023 à 50 % en 2070. Ce recul réduit potentiellement le nombre d’actifs susceptibles de financer les systèmes sociaux et pèse sur la croissance.

Le rapport souligne que les besoins liés à la santé et à la dépendance augmenteront nettement à partir de la seconde moitié des années 2020. D’ici 2050, le nombre de personnes dépendantes (GIR 1 à 4) devrait passer de 1,4 à 1,9 million, et celui des seniors fragiles de 2,1 à 3,8 millions. Sans réforme, les dépenses publiques pourraient augmenter de 0,85 % du PIB, soit 80 milliards d’euros.

La sortie massive des baby boomers du marché du travail a accru les pénuries de main d’œuvre dans de nombreux secteurs. Cette raréfaction de la main-d’œuvre touche déjà l’économie française, particulièrement dans les services à la personne et la santé. Les tensions inflationnistes qui en résultent risquent de peser sur le pouvoir d’achat, comme dans d’autres régions en transformation.

La France entre dans sa transition démographique post-babyboom avec un défi de taille : maintenir la cohésion sociale et la prospérité économique dans un contexte de vieillissement accéléré. Le vieillissement accéléré de la population, combiné à une natalité durablement faible, transformera durablement le profil de la main-d’œuvre, les équilibres financiers de la Sécurité sociale, les besoins sanitaires et médico-sociaux, et le fonctionnement du système éducatif. Pour la Cour des comptes, la clé réside dans l’anticipation.

Sources