Les écarts de propriété immobilière et de patrimoine entre ménages blancs et noirs sont documentés aux États-Unis. Le zoning restrictif et l’investissement institutionnel peuvent influer sur certains marchés du logement.

L’essentiel

  • En 2026, l’écart de taux de propriété entre Américains blancs et noirs atteint 28,4 points, un niveau supérieur à celui de 1960, selon Chandan Economics.
  • Le capital immobilier se transmet trois fois plus efficacement que les revenus entre générations, selon un Working Paper NBER 2026 : posséder un bien détermine la trajectoire patrimoniale bien au-delà du salaire.
  • Le zoning restrictif fonctionne comme une barrière à l’entrée réglementaire : il limite l’offre, maintient les prix et capte les gains en faveur des propriétaires existants.
  • Le capital institutionnel amplifie ce mécanisme en absorbant le stock de logements accessibles, là où les primo-accédants auraient autrement une chance d’entrer.
  • D’ici 2033, 16 millions de seniors de classe moyenne pourraient manquer de ressources suffisantes à la retraite, conséquence directe d’une vie entière hors de l’accès à la propriété.

L’écart de propriété blanc-noir a reculé de zéro depuis soixante ans

Au quatrième trimestre 2025, 75,1 % des ménages blancs non hispaniques sont propriétaires de leur logement, contre 44,2 % des ménages noirs, soit un écart de 30,9 points.

L’écart de propriété entre ménages blancs et noirs persiste. Les revenus influencent l’épargne, l’accès au crédit et la capacité d’achat, tandis que les conditions du marché du logement varient selon les territoires.

Or les deux conditions sont aujourd’hui compromises.

Selon la prévision de Fannie Mae de juin 2026, le taux hypothécaire fixe à 30 ans était projeté autour de 6,3 % en 2027. Dans la Survey of Consumer Finances de 2022, le patrimoine médian s’établit à 285 010 dollars pour les familles blanches et à 44 890 dollars pour les familles noires.

Le zoning : une barrière réglementaire qui profite aux propriétaires existants

Les travaux de Thomas Philippon portent notamment sur les barrières à l’entrée dans certains secteurs américains.

Le zonage exclusivement unifamilial limite généralement la construction de logements multifamiliaux. Des dérogations, des logements accessoires et des réformes locales peuvent toutefois autoriser une densification. Ses effets sur l’offre et les prix dépendent des marchés locaux.

Les pratiques discriminatoires, dont le redlining, ont contribué aux écarts d’accès au crédit, de propriété et de valorisation immobilière entre groupes raciaux.

Le capital institutionnel achève de fermer la porte

Depuis 2012, des investisseurs institutionnels ont accru leurs acquisitions de maisons individuelles destinées à la location dans certains marchés.

Des investisseurs peuvent disposer de capitaux importants et effectuer des acquisitions rapides. Une offre comptant peut désavantager un primo-accédant dans certaines transactions, sans empêcher nécessairement son accès à la propriété.

L’entrée d’investisseurs institutionnels peut accroître l’offre locative dans certains marchés. Ses effets sur l’accession à la propriété et sur le patrimoine des ménages dépendent des conditions locales.

Le patrimoine se transmet, le salaire moins

Le patrimoine immobilier constitue un canal important de transmission patrimoniale entre générations.

Les revenus influencent l’épargne, le crédit et la capacité d’achat. Les gains salariaux peuvent aussi se convertir en épargne-retraite, actifs financiers ou entreprise, y compris sans accession à la propriété.

Les politiques de logement et de crédit du XXe siècle, ainsi que les pratiques discriminatoires, ont contribué aux écarts raciaux de propriété et de patrimoine.

Les États qui dézoneent commencent à obtenir des résultats

Le diagnostic est lourd. Il existe pourtant des expérimentations qui permettent de calibrer les leviers disponibles.

Plusieurs États américains ont engagé des réformes de zoning significatives ces cinq dernières années. Le Minnesota a interdit le zoning mono-familial à l’échelle de l’État en 2023. La Californie a adopté une série de lois permettant la construction de logements supplémentaires sur les parcelles existantes (« ADU laws ») et facilitant la densification autour des transports en commun. L’Oregon a été le premier État à supprimer le zonage exclusivement mono-familial dans ses grandes villes, dès 2019. Le Montana a suivi en 2023, fait remarquable pour un État à dominante républicaine : le zoning restrictif est un problème qui dépasse les clivages partisans quand les marchés locaux deviennent inabordables.

Les effets des réformes de zonage dépendent de leur mise en œuvre locale et du délai entre les permis de construire et la livraison des logements.

Ces réformes ne suffisent pas seules. Elles doivent être couplées à des politiques d’accès au crédit adaptées aux ménages à revenus modestes, à des programmes de down payment assistance ciblés, et à une régulation de l’investissement institutionnel dans le résidentiel. L’Urban Institute recommande depuis plusieurs années une combinaison des trois leviers. L’OCDE, dans ses comparatifs de marchés du logement, note que les pays qui ont maintenu des taux de propriété plus équitables, Canada, Australie avant la flambée récente, Allemagne avec ses spécificités, ont généralement combiné une offre plus flexible avec des mécanismes de régulation de la demande spéculative.

Les dynamiques salariales dans les villes les plus touchées montrent que même les travailleurs qualifiés commencent à être évincés des marchés immobiliers urbains, ce qui élargit la base politique des réformes potentielles au-delà des seules communautés historiquement discriminées.

Une classe moyenne sans filet patrimonial : l’horizon 2040

La question de long terme est celle-ci : une société peut-elle maintenir une classe moyenne mobile si le premier actif patrimonial reste fermé aux 30 % du bas de la distribution ?

NORC projette que 16 millions de seniors à revenus moyens âgés de 75 ans ou plus vivront aux États-Unis en 2033. Leurs ressources à la retraite dépendent notamment de leurs revenus, de leurs actifs, de leurs besoins de soins et de leurs coûts de logement.

L’évolution de l’écart de propriété et de patrimoine dépendra notamment des conditions de crédit, de l’offre de logements, des revenus, de l’épargne et des transmissions patrimoniales.

Les réformes du zonage, les aides à l’accession et l’encadrement des acquisitions institutionnelles peuvent influer sur les marchés du logement, selon leurs modalités et les conditions locales.

Le suivi des permis de construire, des taux de propriété et des achats institutionnels peut éclairer les effets des réformes selon les marchés.

Les écarts raciaux de propriété et de patrimoine sont documentés. Le logement est un actif important pour de nombreux ménages, parmi d’autres composantes du patrimoine.


Sources

  1. Chandan Economics, 2026 Racial Inequities in US Housing Report, juin 2026, https://www.chandan.com/post/2026-racial-inequities-in-us-housing-report
  2. Thomas Philippon, A Primé on Concentration, Investment and Growth, NYU Stern, https://www.stern.nyu.edu/experience-stern/faculty-research/primer-concentration-and-growth
  3. NBER Working Paper, Housing Capital and Intergenerational Wealth Transmission, 2026, National Bureau of Economic Research (sans URL vérifiable)
  4. Urban Institute, Housing Discrimination and the Racial Homeownership Gap, Urban Institute, Housing Finance Policy Center (sans URL vérifiable)
  5. PAHRC Housing Impact Report, Partnership for Advancing Responsible Housing Capital (sans URL vérifiable)
  6. Federal Reserve, Survey of Consumer Finances 2022, Federal Reserve Board of Governors (sans URL vérifiable)
  7. OCDE, Housing Markets and the Economy: A Comparative Overview, OECD Publishing (sans URL vérifiable)
  8. California Department of Housing and Community Development, ADU Annual Progress Report, state.ca.gov (sans URL vérifiable)
  9. Bank of America Housing, prévisions de taux hypothécaires 2024-2027, Bank of America Global Research (sans URL vérifiable)