84 millions de comptes santé numériques créés sous la mission Ayushman Bharat Digital en janvier 2026, avec 82,69 crore d’enregistrements de santé connectés. L’Inde expérimente à échelle continentale le plus grand système de santé numérique au monde, combinant identité numérique universelle et IA prédictive pour 1,4 milliard d’habitants. Cette transformation pourrait redéfinir l’accès aux soins dans les pays émergents, malgré les défis persistants de fracture numérique et de protection des données.

Un écosystème numérique qui s’accélère

L’Inde a lancé l’Ayushman Bharat Digital Mission (ABDM) en 2021 pour renforcer l’écosystème de santé numérique en développant et intégrant les dossiers et registres de données de santé. L’Ayushman Bharat Health Account (ABHA) est un identifiant numérique de santé unique à 14 chiffres qui permet aux individus de créer et gérer des dossiers de santé longitudinaux à travers plusieurs prestataires de soins.

Les chiffres révèlent une adoption massive. Au 6 février 2025, un total de 73,98,09,607 ABHA ont été créés, 3,63,520 établissements de santé se sont inscrits sur HFR, 5,64,851 professionnels de santé se sont enregistrés sur HPR, 1,59,020 établissements de santé utilisent un logiciel compatible ABDM et 49,06,02,540 (~49.06 Cr) dossiers de santé ont été liés à ABHA. Cette infrastructure couvre les 36 États/Territoires de l’Union s’étendant sur 786 districts à travers le pays, ce qui signifie que l’ensemble du pays est couvert, y compris les zones rurales.

L’écosystème s’enrichit de fonctionnalités pratiques. Le bénéfice le plus visible de l’ABHA ID en 2026 est la fonctionnalité “Scan & Share”, qui permet aux patients de partager instantanément leurs dossiers médicaux lors de consultations. Des initiatives comme la facilité “scan and pay” au GIMS Greater Noida, qui intègre ABHA avec les paiements numériques et les dossiers médicaux, illustrent la capacité d’ABDM à unifier les flux de travail cliniques et financiers.

L’IA transforme la médecine préventive à grande échelle

La plateforme de télémédecine de l’Inde, eSanjeevani, a permis 282 millions de consultations de télémédecine entre avril 2023 et novembre 2025. Parmi celles-ci, environ 12 millions de consultations ont été directement assistées par des recommandations diagnostiques activées par l’IA. Le système utilise des systèmes d’aide à la décision clinique alimentés par l’IA (CDSS), qui analysent les symptômes des patients et les dossiers médicaux pour aider les médecins à établir les bons diagnostics.

Les applications spécialisées montrent des résultats concrets. MadhuNetrAI a assisté plus de 7 100 patients dans 38 établissements de santé et est le premier programme de dépistage communautaire assisté par l’IA pour la rétinopathie diabétique lancé en Inde en décembre 2025. Les outils activés par l’IA intégrés dans le Programme national d’élimination de la tuberculose ont entraîné une baisse de 27% des résultats défavorables de la tuberculose, tandis que le système de surveillance des maladies médiatiques a généré plus de 4 500 alertes d’épidémie depuis avril 2022 en scannant les sources d’informations numériques nationales pour les clusters de symptômes.

La détection précoce du cancer bénéficie également de ces innovations. Le projet Cancer Imaging Biobank de NITI Aayog construit une énorme base de données de plus de 20 000 profils de patients remplis d’images de radiologie et de pathologie. Avec cela, les chercheurs peuvent entraîner les systèmes d’IA à détecter le cancer plus tôt et aider les médecins à déterminer le meilleur traitement.

Le cadre SAHI encadre l’expansion responsable

Face à cette croissance exponentielle, l’Inde structure son approche. En mars 2026, le ministère de la Santé et du Bien-être familial a dévoilé la Stratégie pour l’IA dans les soins de santé pour l’Inde (SAHI) — un cadre national pour l’intégration éthique et efficace de l’IA dans l’écosystème de santé. SAHI établit cinq piliers fondamentaux : gouvernance et validation basée sur des preuves, infrastructure numérique sécurisée, préparation de la main-d’œuvre, supervision éthique et déploiement centré sur l’équité.

Développée par l’IIT Kanpur aux côtés de l’Autorité nationale de santé, la plateforme BODH sert d’outil de benchmarking, permettant une évaluation rigoureuse des modèles d’IA à travers diverses données de santé tout en maintenant la confidentialité. Au lieu de déplacer des données sensibles de patients vers un serveur central, le modèle d’IA voyage là où les données sont stockées, apprend d’elles et retourne sans jamais voir ou extraire des détails personnels, se conformant à la Loi DPDP 2023.

Trois institutions — AIIMS Delhi, PGIMER Chandigarh et AIIMS Rishikesh — ont été désignées Centres d’excellence pour l’intelligence artificielle dans les soins de santé, créant un réseau académique pour développer des solutions indigènes adaptées aux besoins indiens.

La fracture numérique rurale reste un défi majeur

Malgré cette expansion, les inégalités persistent. Le système de santé indien continue de privilégier les centres urbains, où les hôpitaux tertiaires et les services spécialisés sont concentrés, tandis que les régions rurales, qui abritent plus de 63% de la population, restent chroniquement mal desservies. Près de 80% des postes de spécialistes dans les centres de santé communautaires ruraux sont vacants, et moins de la moitié des centres de santé primaires fonctionnent 24h/24.

L’adoption technologique révèle des disparités importantes. Les adultes âgés dans l’Inde rurale avaient de faibles niveaux de littératie numérique et de santé. Seulement 11% des participants avaient une littératie numérique, et 3% à 27% avaient une littératie de santé à travers différents domaines. La possession de téléphones mobiles était relativement élevée à 50%, mais l’utilisation de smartphones et l’accès à Internet pour les soins de santé étaient minimes.

Ces défis s’aggravent dans les régions les plus pauvres. Dans une étude menée en Orissa, l’une des régions les plus pauvres du pays, 25% des ménages ont connu un financement de difficultés, et 40% de ceux confrontés à une hospitalisation, ont dû recourir à des prêts ou vendre des biens pour couvrir les coûts directs. Le coût d’opportunité reste prohibitif : les résidents ruraux représentent environ 86% des visites médicales, beaucoup parcourant plus de 100 kilomètres pour atteindre les soins, avec 70-80% des coûts médicaux payés de leur poche.

L’opportunité géopolitique du leadership numérique

Cette transformation positionne l’Inde comme référence mondiale. En embrassant l’intelligence artificielle (IA), l’infrastructure publique numérique et la collaboration intersectorielle, l’Inde passe d’une résolution réactive des problèmes à une innovation proactive et inclusive. Forbes a remarqué qu’en raison de la grande population de l’Inde, tout précédent pour la gestion des données dans la NDHM (maintenant renommée ABDM) établirait un modèle pour d’autres programmes de santé nationaux à étudier.

L’expérience indienne inspire déjà ses voisins. Le sommet a réuni des décideurs politiques, des technologues et des dirigeants de santé publique de toute la région Asie du Sud-Est de l’OMS (SEAR), permettant un transfert de connaissances vers le Sri Lanka, le Népal, le Bhoutan, le Bangladesh et le Timor-Leste.

Cette infrastructure numérique devient un atout stratégique dans l’économie émergente asiatique. L’Inde construit méthodiquement les bases d’une médecine préventive à large échelle, là où les systèmes occidentaux peinent encore à sortir du modèle curatif traditionnel. Cette expérimentation continentale révélera si la technologie peut effectivement démocratiser l’accès aux soins de qualité, ou si elle ne fera qu’amplifier les inégalités existantes entre populations connectées et exclues numériques.

Sources

  1. World Economic Forum - Digital Health Investment India
  2. Digital Health News - Ayushman Bharat Digital Mission January 2026