10,9 millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année entre 2015 et 2025, contre 17,6 millions dans les années 1990. Cette baisse de 38% de la déforestation mondiale confirme que les politiques de conservation peuvent être efficaces à grande échelle. 813 millions d’hectares de forêts bénéficient désormais d’un statut de protection juridique, soit un cinquième du couvert forestier mondial.

Pourtant, 88% de la déforestation continue de se concentrer dans les zones tropicales, où l’expansion agricole représente 88% de la destruction forestière. Ce paradoxe révèle un défi économique majeur : ralentir la déforestation globale ne suffit pas face à l’intensité de la pression agricole dans les régions les plus critiques pour la biodiversité et le climat.

L’essentiel

  • La déforestation annuelle a chuté de 17,6 millions d’hectares (1990-2000) à 10,9 millions (2015-2025)
  • 527 millions de dollars investis en 2024 dans les droits fonciers autochtones, pour un total de 1,86 milliard sur quatre ans
  • 2024 : les incendies causent pour la première fois plus de dégâts que l’agriculture dans les forêts tropicales primaires
  • Les peuples autochtones protègent 40% des écosystèmes intacts restants mais moins de la moitié de leurs terres sont légalement reconnues

Les succès de la conservation prouvent son efficacité

La perte nette de forêts a chuté de 10,7 millions d’hectares par an dans les années 1990 à 4,12 millions entre 2015 et 2025. Cette amélioration notable ne relève pas du hasard. Les experts en conservation forestière s’accordent : la volonté politique et l’application effective des lois constituent les facteurs déterminants pour protéger les forêts.

Le Brésil illustre cette dynamique : la déforestation amazonienne a reculé de 30,6% en 2024, atteignant son plus bas niveau depuis neuf ans avec 6 288 kilomètres carrés déboisés. Cette amélioration s’inscrit dans une tendance sur trois ans, attribuée au renforcement des contrôles contre l’exploitation illégale sous l’administration Lula.

L’Indonésie confirme cette efficacité : la perte de forêts primaires a reculé de 11% en 2024, et la Malaisie a enregistré une baisse de 13%, sortant du top 10 des pays les plus touchés par la déforestation. Ces résultats valident l’approche combative : le Brésil était dans une situation similaire à l’Indonésie actuelle avant de mettre en œuvre une politique agressive d’application de la loi forestière qui lui a permis de réduire significativement la déforestation.

Les communautés autochtones émergent comme premières gardiennes

Sécuriser les droits fonciers des peuples autochtones et des communautés locales constitue l’un des investissements les plus efficaces pour l’action climatique selon un corpus scientifique significatif. Ces populations protègent environ 40% des écosystèmes intacts restants.

Le financement suit cette reconnaissance. En 2024, les signataires de l’engagement COP26 pour les droits fonciers forestiers ont fourni près de 527 millions de dollars. Sur quatre ans, ils ont mobilisé 1,86 milliard de dollars, dépassant leur engagement de 1,7 milliard. Plus de 35 bailleurs gouvernementaux et philanthropiques ont annoncé un nouvel engagement de 1,8 milliard sur cinq ans pour soutenir les peuples autochtones, les communautés locales et les communautés afro-descendantes.

La science confirme cette efficacité : des recherches évaluées par les pairs en 2023 ont établi que les taux de déforestation sont significativement plus bas dans les territoires autochtones ou sur les terres gérées par les peuples autochtones. Les forêts gérées par les peuples autochtones et les communautés locales affichent systématiquement des taux de déforestation inférieurs à ceux des autres zones.

Cette efficacité s’accompagne d’un coût humain dramatique. Entre 2012 et 2024, plus de 2 200 défenseurs de l’environnement - dont la plupart étaient autochtones - ont été tués pour avoir protégé leurs territoires. La redistribution française s’essouffle et laisse l’Hexagone plus inégalitaire que ses voisins européens illustre comment les inégalités économiques peuvent alimenter les conflits autour des ressources naturelles.

La concentration tropicale révèle un défi économique non résolu

95% de la déforestation mondiale se concentre dans les tropiques, où les chercheurs du Global Forest Watch estiment la déforestation annuelle autour de 4 millions d’hectares. L’élevage bovin demeure le principal moteur, responsable de 41% de la déforestation tropicale. L’expansion de l’élevage bovin au Brésil représente à elle seule 24% de la déforestation tropicale mondiale.

En 2024, la perte de forêts tropicales primaires a atteint 6,7 millions d’hectares, soit presque le double de 2023 et une superficie équivalente au Panama, au rythme de 18 terrains de football par minute. Cette année : la perte de forêts primaires tropicales causée par les incendies a atteint 3,2 millions d’hectares, une augmentation de 370% par rapport aux 690 000 hectares de 2023. Pour la première fois, les incendies ont surpassé l’agriculture comme première cause de destruction.

Cette mutation révèle l’interaction complexe entre changement climatique et déforestation. Les conditions de sécheresse liées au cycle El Niño ont asséché les forêts à travers l’Amazonie, la Bolivie et l’Afrique centrale, provoquant des incendies dans des zones qui n’en connaissent normalement pas. Les modèles climatiques projettent des saisons d’incendies plus fréquentes et sévères avec la hausse des températures mondiales.

L’Europe engage la bataille réglementaire mondiale

Les élections de 2024 aux États-Unis, en Indonésie et au Brésil ont introduit des incertitudes dans les politiques climatiques et de conservation. Dans ce contexte mouvant, l’Europe parie sur l’industrie manufacturière pour retrouver sa souveraineté économique et transforme simultanément sa régulation en outil d’influence géopolitique.

Le Règlement européen contre la déforestation (EUDR), qui entrera en vigueur prochainement, impose aux entreprises européennes de certifier que leurs chaînes d’approvisionnement ne contribuent pas à la déforestation. Cette approche réglementaire contraignante contraste avec les mécanismes volontaires qui ont largement échoué.

Le Tropical Forest Conservation Act américain démontre l’efficacité des mécanismes financiers ciblés : il a protégé plus de 68 millions d’hectares de forêts tropicales en 25 ans, générant plus de 248 millions de dollars en accords de réduction de dette dans 14 pays et mobilisant plus de 360 millions de dollars pour la conservation.

Le financement vert se massifie mais reste insuffisant

Depuis l’engagement COP26 de 2021, le financement annuel a augmenté de 46% par rapport à la période précédente de quatre ans, atteignant en moyenne 728 millions de dollars par an. Le financement direct aux organisations de peuples autochtones et de communautés locales représentait 7,6% du financement total en 2024, une légère baisse par rapport à 2023.

Cette croissance masque une réalité plus complexe. 8,1 millions d’hectares de forêts ont été perdus en 2024, un niveau de destruction 63% plus élevé que la trajectoire nécessaire pour arrêter la déforestation d’ici 2030. Bien que certains pays et secteurs montrent des progrès, l’action globale n’a pas égalé l’urgence des engagements mondiaux.

Le paradoxe est saisissant : les investissements mondiaux basculent vers l’infrastructure numérique et creusent les fractures géographiques, mais les capitaux nécessaires à la protection forestière peinent à atteindre les zones prioritaires. Les fonds doivent atteindre directement les peuples autochtones et les communautés locales, sans rester bloqués dans la bureaucratie, et les processus de titrage foncier doivent les traiter comme des partenaires.

La déforestation ralentit à l’échelle globale, mais l’urgence tropicale s’intensifie. Les communautés autochtones prouvent leur efficacité avec un soutien financier croissant, mais font face à des menaces escaladantes. Le défi n’est plus technique mais politique : transformer les succès locaux en victoires systémiques avant que le changement climatique ne rende la forêt tropicale ingouvernable.

Sources

  1. All4trees - Quels enjeux pour les forêts en 2026?
  2. Global Forest Resources Assessment 2025 - FAO
  3. Forest Declaration Assessment 2025
  4. Global Forest Watch - World Resources Institute
  5. Forest Tenure Funders Group Annual Report 2024-2025
  6. Forest & Climate Leaders’ Partnership