La finance solidaire a atteint 29,4 milliards d’euros d’encours fin 2024, soit une progression de 7% par rapport à 2023. Pour la première fois depuis sa création, l’épargne solidaire française affiche des performances supérieures aux livrets réglementés traditionnels, avec certains fonds atteignant 6,2% de rendement annuel. Cette percée marque un tournant pour un secteur longtemps considéré comme moins rémunérateur que les placements classiques.

L’explosion de cette performance s’explique par une conjonction favorable. D’un côté, la réduction d’impôt pour souscription au capital d’une entreprise solidaire d’utilité sociale est passée de 18% à 25%, rendant ces placements fiscalement attractifs. De l’autre, les livrets réglementés traditionnels n’offrent qu’un rendement réel de 0,82% en 2025, avec un taux à 1,7% et une inflation à 0,88%.

Les fonds solidaires surperforment avec 6% à 7% de croissance

Les fonds d’épargne salariale solidaires confirment leur dynamique positive avec une progression de 6%, portant leurs encours de 15,41 à 16,3 milliards d’euros. Selon FAIR, les fonds solidaires affichent une croissance stable de 6% à 7%. Cette performance dépasse largement celle des livrets traditionnels qui stagnent en terrain positif mais avec des rendements modestes.

Les fonds solidaires hors épargne salariale atteignent 4,6 milliards d’euros d’encours, en hausse de 7%. Cette croissance repose presque exclusivement sur la collecte, avec environ 300 millions d’euros de souscriptions nettes. Les épargnants privilégient désormais l’impact social et environnemental sans sacrifier la rentabilité.

La concentration du secteur autour de quelques acteurs majeurs renforce cette performance. Cinq acteurs principaux dominent la gestion et la distribution en France, représentant environ 80% des encours : Amundi totalise 28% du marché à lui seul. Mirova et VEGA Investment Solutions détiennent 24% des fonds solidaires. BNP Paribas AM, Sienna Gestion et Crédit Mutuel complètent le top 5.

L’avantage fiscal décisif booste l’épargne solidaire

La réduction d’impôt s’applique aux versements effectués entre le 28 juin 2024 et le 30 septembre 2026. Le taux est majoré à 25% pour les souscriptions au capital d’une entreprise solidaire d’utilité sociale durant toute l’année 2024 et 2025. Cet avantage fiscal transforme l’équation économique de l’épargne solidaire.

Pour un épargnant dans la tranche marginale à 30%, un investissement de 10 000 euros dans une entreprise solidaire génère une réduction d’impôt immédiate de 2 500 euros. Le coût réel de l’investissement tombe à 7 500 euros, ce qui améliore mécaniquement le rendement effectif. Les souscriptions annuelles sont plafonnées à 50 000 euros pour un contribuable célibataire et de 100 000 euros pour un couple marié.

L’épargne bancaire solidaire atteint 18,1 milliards d’euros, soit une hausse de 10,8% sur un an. Plus de 38% des fonds collectés ont été fléchés vers des projets liés à la transition énergétique et écologique. Cette orientation répond aux attentes des 55% de Français qui déclarent vouloir augmenter ou maintenir leur effort d’épargne en 2025.

Les défis du greenwashing et de la sélection des projets

Le succès de l’épargne solidaire attise les convoitises et multiplie les risques de greenwashing. L’AMF et l’ACPR ont multiplié ces derniers mois les passages au crible. Elles n’ont pas manqué de rappeler à l’ordre plusieurs acteurs. Les régulateurs français intensifient leurs contrôles pour éviter que des fonds se parent d’une étiquette sociale ou environnementale sans engagement réel.

Le Label ISR distingue les fonds qui intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Le Label Finansol identifie les produits d’épargne solidaire qui financent des projets à fort impact social et environnemental. Ces labels constituent une première protection, mais selon l’ESMA, le greenwashing se définit comme une pratique dans laquelle les déclarations liées au développement durable ne reflètent pas clairement le profil de développement durable sous-jacent. Cette pratique peut induire en erreur les investisseurs.

La sélection rigoureuse des projets devient cruciale pour maintenir la confiance. Pour ne pas faire de greenwashing, il semble essentiel d’affirmer clairement son ‘intention’ d’avoir un impact positif sur l’économie, selon Ladislas Smia, Responsable de la recherche ISR chez Mirova. Les épargnants exigent désormais des preuves tangibles d’impact plutôt que de simples promesses marketing.

La scalabilité, nouveau défi de la finance solidaire

FAIR souhaite porter l’encours global au-dessus des 32 milliards d’euros en 2025. Les débats autour d’un futur ‘label finance à impact’ pourraient doper la lisibilité et la crédibilité de l’offre de produits solidaires. Mais cette croissance ambitieuse pose des défis opérationnels majeurs.

En 2024, l’épargne solidaire a contribué à la création ou la consolidation de plus de 65 000 emplois, à l’hébergement de près de 50 000 personnes, et au financement de centaines d’initiatives environnementales. L’augmentation des volumes d’épargne collectée nécessite de trouver suffisamment de projets viables répondant aux critères d’impact social et environnemental.

Les financements solidaires générés en 2024 atteignent 739 millions d’euros, contre environ 680 millions un an plus tôt. La progression avoisine 8%, confirmant que les encours collectés se traduisent par un soutien accru aux projets sociaux et environnementaux. Cette dynamique positive masque toutefois des tensions croissantes sur la capacité d’absorption du secteur de l’économie sociale et solidaire.

20% des Français souhaitent une épargne à finalité solidaire combinant rentabilité financière et contribution à des projets sociaux et écologiques. Mais la principale explication du faible recours à cette épargne demeure le manque d’information sur la finance solidaire. C’est près de 70% des Français qui se déclarent mal informés sur ce type d’épargne.

L’épargne solidaire française franchit un cap décisif en 2025. Pour la première fois, performance financière et impact social convergent grâce aux incitations fiscales renforcées et à la baisse des taux des placements traditionnels. Mais cette réussite soulève de nouveaux défis : éviter le greenwashing par des contrôles renforcés, maintenir la qualité de la sélection des projets malgré l’afflux de capitaux, et former les épargnants pour démocratiser cette approche. Le revenu universel kényan révèle l’efficacité des versements uniques sur la pauvreté, confirmant l’importance de mesures d’impact rigoureuses dans les innovations sociales financées par cette épargne.

Sources

  1. Le Blog Finance - Épargne solidaire : ces placements éthiques qui rapportent enfin en 2026

  2. FAIR - Zoom sur la finance solidaire 2025 : Fonds solidaires, une croissance régulière au service de l’impact

  3. Village des Notaires et du Patrimoine - Les encours de la finance solidaire en hausse de 7% par rapport à 2023

  4. Service Public - Réduction d’impôt pour souscription au capital d’une société

  5. FAIR - Les Français et l’épargne solidaire - Découvrez les résultats du sondage 2024