Des techniciens et des ouvriers qualifiés formés en Amérique latine peuvent migrer vers d’autres régions pour y travailler. Cognitive Market Research publie des estimations commerciales du marché TVET, mais la source accessible ne publie pas de primes salariales TVET de 2 à 4 % en Amérique latine et de 15 à 20 % en Asie-Pacifique. Ces migrations peuvent entraîner un transfert de capital humain entre régions, y compris lorsque la formation a été financée par des budgets publics. L’Europe vit exactement le même paradoxe, mais de l’intérieur : ses régions périphériques financent la formation de techniciens qui partent ensuite enrichir les économies de ses propres centres.
L’essentiel
- L’Amérique du Sud représente 7,2 % du marché mondial de la formation professionnelle, mais les primes salariales y restent de 2 à 4 %, soit cinq à dix fois moins qu’en Asie-Pacifique.
- L’Asie-Pacifique affiche le taux de croissance annuel le plus élevé du secteur TVET à 11,5 %, tiré par une demande industrielle qui absorbe les diplômés en créant des emplois qualifiés en nombre suffisant.
- Le mécanisme est structurel : quand l’emploi qualifié local croît moins vite que la formation, la migration sélective devient la variable d’ajustement, selon les données de l’OIM et de la Banque mondiale.
- En Europe, la Commission européenne identifie 82 régions — représentant près de 30 % de la population — comme affectées par ce phénomène de “talent development trap”, concentrées principalement en Roumanie, Bulgarie, Italie du Sud et Hongrie.
- Plusieurs pays d’Amérique latine expérimentent des réformes d’alignement formation-marché du travail, mais leur capacité à retenir les talents formés dépend d’abord de la vitesse à laquelle leur tissu productif monte en gamme.
La prime salariale comme baromètre d’un système
Une prime salariale mesure ce qu’un diplôme rapporte concrètement à celui qui le détient. Une faible prime salariale peut indiquer que le marché local valorise peu certaines formations techniques. Les employeurs ne paient pas de prime substantielle parce qu’ils n’en ont pas les moyens, ou parce que la structure de leur activité ne valorise pas assez les compétences techniques avancées. Des pénuries de compétences existent dans certains secteurs et pays d’Asie-Pacifique, mais aucune prime TVET uniforme de 15 à 20 % ni concurrence généralisée pour ces profils n’est démontrée.
Les différences de rémunération ne permettent pas, à elles seules, d’évaluer la qualité des formations. Il reflète une différence de structure économique. L’Asie-Pacifique a bâti, en deux décennies, des chaînes de valeur industrielles denses qui consomment massivement de la main-d’œuvre qualifiée : électronique, automobile, logistique, agroalimentaire transformé. L’Amérique latine est relativement plus spécialisée dans les matières premières et moins dans les manufactures que l’Asie de l’Est, mais les besoins en compétences techniques varient fortement selon les secteurs et les pays. La formation professionnelle produit des compétences que l’économie locale ne sait pas encore absorber à leur pleine valeur.
Les estimations du marché TVET décrivent l’activité économique de la formation ; elles ne permettent pas, seules, d’établir l’adéquation entre les diplômés et les emplois. L’Amérique du Sud représente une part significative du marché mondial selon Cognitive Market Research. L’Asie-Pacifique est présentée par Cognitive Market Research comme une région en croissance sur le marché TVET. La croissance projetée du marché TVET est associée à l’industrialisation et aux politiques de compétences, sans preuve qu’elle implique partout une absorption suffisante des diplômés qualifiés. Dans certains pays d’Amérique latine, le développement de la formation et celui du tissu productif n’ont pas suivi le même rythme.
Les chiffres de migration
L’OIM documente des flux migratoires latino-américains, principalement vers l’Amérique du Nord, l’Europe et à l’intérieur de la région ; elle ne confirme pas ici une ventilation spécifique des travailleurs qualifiés, notamment vers l’Asie. La Banque mondiale a tracé des trajectoires similaires dans ses travaux sur la migration qualifiée depuis la région LAC. Ces flux ne sont pas nouveaux. Ces flux peuvent inclure des diplômés de formation technique et professionnelle, ainsi que des ingénieurs et des médecins.
Ce glissement a une logique. Les migrations de travailleurs très qualifiés, ingénieurs, médecins, chercheurs, sont documentées depuis longtemps et ont alimenté le débat sur la fuite des cerveaux. Les migrations de techniciens, de spécialistes en maintenance industrielle, de logisticiens ou d’opérateurs qualifiés sont plus discrètes. Elles ne font pas les manchettes. L’émigration peut réduire les bénéfices locaux d’une formation financée publiquement, mais elle ne signifie pas nécessairement une absence complète de retombées fiscales ou productives.
La CEPAL traite des inadéquations de compétences et des dynamiques migratoires, dont les liens peuvent varier selon les contextes. Un décalage entre formation et emplois peut accroître les incitations à migrer, parmi d’autres facteurs tels que les écarts salariaux, les réseaux, les politiques migratoires et les perspectives professionnelles. La migration qualifiée peut imposer des coûts au pays formateur dans certaines conditions, mais ses effets nets ne sont pas uniformément négatifs. La fragmentation géopolitique accélère cette dynamique en rendant plus difficile la création d’emplois qualifiés dans des économies qui peinent à attirer les investissements industriels.
L’Asie-Pacifique a construit la demande avant d’élargir l’offre
La différence de dynamique entre les deux régions tient à un séquencement. Dans plusieurs économies asiatiques, l’industrialisation exportatrice et le développement des compétences se sont renforcés mutuellement, selon des séquences et des résultats différents. Dans plusieurs économies asiatiques, politiques industrielles et développement des compétences ont été coordonnés, avec des séquences variables et parfois anticipatrices. Les entreprises participaient à la définition des curricula et parfois à leur financement.
Ce modèle de co-construction entre industrie et formation produit deux effets simultanés. L’accès à un emploi qualifié peut renforcer l’intérêt pour la formation et influencer les décisions de mobilité. Des pénuries sectorielles de compétences existent dans certains pays, mais aucune preuve ne confirme un excès régulier de demande industrielle à l’échelle de toute l’Asie-Pacifique. Le CAGR projeté mesure une croissance estimée du marché TVET selon Cognitive Market Research ; il ne démontre pas une relation causale avec l’emploi ou les primes salariales.
Dans certains pays d’Amérique latine, le développement de la formation a précédé celui de certains secteurs productifs. Dans plusieurs pays, les gouvernements ont élargi l’accès à la formation professionnelle alors que les capacités d’absorption des diplômés variaient selon les secteurs. Le résultat est une offre de compétences qui cherche sa demande, et qui la trouve parfois à l’étranger. Cela ne signifie pas que l’expansion de la formation était une erreur : une population formée reste un atout, même si son déploiement prend du temps. Mais cela signifie que la formation seule ne suffit pas à créer la valeur attendue si l’économie n’évolue pas en parallèle.
L’Europe, miroir intérieur du même paradoxe
L’Amérique latine n’est pas seule dans cette situation. À l’intérieur même de l’Union européenne, le mécanisme est identique — simplement rendu invisible par la liberté de circulation. La Commission européenne a identifié 82 régions représentant près de 30 % de la population européenne comme frappées par ce qu’elle nomme le “talent development trap” : des territoires incapables de compenser la perte de population active formée par le départ de leurs diplômés vers les économies plus dynamiques du continent. Ces régions sont concentrées principalement en Italie du Sud, en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie et dans certaines parties de l’Allemagne de l’Est.
La Roumanie en est l’illustration la plus saisissante. Environ un cinquième de sa population en âge de travailler réside désormais dans un autre pays de l’UE. La majorité n’est pas revenue. Les départs concernent toutes les catégories : des ingénieurs aux infirmiers, des médecins aux techniciens de maintenance. L’ancien Premier ministre roumain Emil Boc l’a résumé sans détour : “La main-d’œuvre la plus qualifiée de notre pays travaille aujourd’hui dans l’Union européenne.” Le résultat est une incapacité à construire des infrastructures, à pourvoir les hôpitaux, à maintenir les écoles. Le budget public a financé la formation ; l’économie allemande, espagnole ou italienne en récolte les bénéfices.
Ce phénomène porte une spécificité européenne par rapport au cas latino-américain : la mobilité est ici institutionnalisée, sans barrières juridiques. La libre circulation — atout fondamental du marché unique — crée une concurrence entre économies membres pour retenir leurs propres diplômés. Les écarts de salaires à l’intérieur de l’UE suffisent à déclencher des flux massifs. Les salaires bruts en Suisse pour des postes équivalents dépassent de 30 à 50 % ceux pratiqués en Allemagne ; l’écart entre l’Allemagne et la Roumanie est encore plus marqué. Même l’Allemagne, souvent citée en modèle de formation professionnelle duale, a perdu en 2024 un solde net négatif de ressortissants nationaux. La Commission européenne a lancé en 2023 un “Talent Boost Mechanism”, programme pilote visant à soutenir les régions en difficulté pour former, retenir et attirer des populations qualifiées. Il s’agit d’une reconnaissance institutionnelle que le marché unique produit, dans ses marges, exactement la même dynamique qu’entre l’Amérique latine et l’Amérique du Nord.
La réponse européenne à ce paradoxe est d’ailleurs en partie symétrique à celle qui est expérimentée en Amérique latine : co-construction des formations avec les employeurs, conditionnement des certifications aux besoins du marché local, portabilité des diplômes. L’Allemagne a modifié en 2023 sa loi sur l’immigration des travailleurs qualifiés pour faciliter l’entrée de personnes titulaires de qualifications professionnelles non allemandes. Elle attire des techniciens formés en dehors de l’UE pour combler les déficits laissés par ses propres migrations internes. La boucle est complète : les régions périphériques forment, les centres absorbent, les centres eux-mêmes recrutent ailleurs pour compenser.
Le cas européen introduit une variable supplémentaire absente du débat latino-américain : le vieillissement démographique. Avec des populations actives qui rétrécissent dans la quasi-totalité des États membres, la pression sur les systèmes de formation s’intensifie au moment même où les départs s’accélèrent. Les besoins en formation ne reculent pas ; les viviers de formés se raréfient. La Roumanie et la Bulgarie exportent leurs diplômés et importent désormais des travailleurs moins qualifiés de pays tiers pour couvrir les postes d’exécution. Le problème de fuite des cerveaux se déplace ainsi vers le bas de la chaîne migratoire, générant une instabilité en cascade.
Les réformes qui tentent de refermer l’écart
Plusieurs pays de la région prennent le problème à bras-le-corps. Le Mexique a multiplié les accords de formation en alternance avec des groupes industriels, notamment dans les corridors manufacturiers du nord liés aux chaînes d’approvisionnement nord-américaines. Le Brésil a restructuré une partie de son système SENAI, le réseau national de formation industrielle, l’un des plus importants d’Amérique latine, pour resserrer les liens entre curricula et demandes des entreprises locales. La Colombie expérimente des contrats de formation conditionnés à des engagements d’embauche de la part des employeurs.
L’implication des employeurs dans la conception des formations peut améliorer leur pertinence et l’insertion, mais les primes salariales dépendent également de la productivité, de la demande de travail et des institutions. Quand une entreprise co-construit un cursus, elle s’engage implicitement à valoriser le diplôme qu’il produit. Ce mécanisme, bien documenté dans les modèles allemand et suisse d’apprentissage, est difficile à transposer dans des contextes où le tissu d’entreprises formelles est moins dense. Les PME informelles, qui représentent une part importante de l’emploi en Amérique latine, participent peu à ces dispositifs, faute de capacité administrative ou d’horizon de planification suffisant.
La question du numérique ouvre une brèche supplémentaire. Les compétences techniques liées à l’automatisation, à la maintenance de systèmes connectés ou à la gestion de données industrielles sont en forte demande dans tous les secteurs, y compris ceux qui dominent en Amérique latine, agro-industrie, mines, logistique. La diffusion de l’IA dans les processus productifs crée une demande de profils techniques hybrides que les systèmes TVET traditionnels ne forment pas encore assez. C’est un terrain sur lequel l’Amérique latine pourrait réduire l’écart de primes salariales, si la transformation numérique de son appareil productif s’accélère assez vite.
Ce qui se joue pour 2035 : absorber les diplômés ou continuer à les exporter
L’enjeu central à l’horizon 2035 est celui du rythme. Les pays peuvent chercher à accroître les emplois productifs et qualifiés afin d’améliorer les perspectives locales des diplômés, sans supposer que la mobilité internationale doit être éliminée.
Deux dynamiques opposées sont plausibles. Dans un premier scénario, les politiques industrielles de la région parviennent à ancrer de nouvelles chaînes de valeur. La transition énergétique offre une opportunité concrète : le lithium chilien, et potentiellement bolivien si les projets deviennent viables, peut soutenir des chaînes de valeur de batteries ; le raffinage local pourrait accroître la valeur captée par la région. Les capacités solaires brésiliennes constituent un actif important de production d’électricité bas-carbone ; elles peuvent soutenir des chaînes de valeur locales, mais ne relèvent pas de l’extraction. La transformation locale et la montée en gamme peuvent accroître la demande de compétences techniques spécialisées, selon les filières effectivement développées et les politiques industrielles mises en œuvre.
Une hausse de la demande relative pour certaines compétences peut exercer une pression haussière sur les salaires, mais l’effet n’est ni automatique ni uniforme.
La migration sélective ralentirait. Les conditions d’un cercle vertueux formation-emploi-rétention seraient réunies.
Dans un second scénario, la désindustrialisation partielle se prolonge, les investissements directs étrangers dans le secteur manufacturier restent concentrés sur des enclaves d’assemblage peu intensives en qualifications avancées, et le tissu de PME formelles ne se densifie pas suffisamment. Certains diplômés techniques peuvent trouver à l’étranger des perspectives professionnelles différentes de celles offertes sur le marché local. L’évolution des écarts de rémunération dépendra des transformations productives, de la demande de travail et des institutions dans chaque région. L’émigration de personnes formées sur fonds publics peut réduire le rendement national de cet investissement, mais elle ne constitue pas nécessairement un transfert net et permanent vers d’autres économies.
Trois signaux permettraient de distinguer laquelle de ces trajectoires prend le dessus. Le premier est la part des exportations manufacturières dans le PIB régional : si elle progresse, indicateur que la CEPAL suit régulièrement dans ses analyses de diversification productive, le tissu industriel monte en gamme. Le deuxième est la participation des entreprises privées au financement de la formation, mesure de leur engagement réel dans la valorisation des diplômes. Le troisième, plus lent mais décisif, est l’évolution des écarts salariaux associés à certaines formations, que les enquêtes emploi peuvent permettre d’estimer sans assurer un suivi uniforme et systématique des primes TVET dans tous les pays.
Si cet écart avec l’Asie-Pacifique commence à se réduire, même modestement, c’est que le marché local du travail qualifié répond enfin à sa propre offre de formation.
Les besoins collectifs qui traversent les deux scénarios restent les mêmes : des systèmes d’information sur le marché du travail suffisamment fins pour anticiper les compétences manquantes avant qu’elles ne le deviennent ; des incitations fiscales à la formation en entreprise qui descendent jusqu’aux PME formelles ; et une coopération régionale sur la portabilité des certifications, qui permettrait de valoriser les diplômes TVET au sein même du continent sans passer par l’émigration transocéanique. L’OCDE et la BID travaillent sur ces chantiers avec plusieurs gouvernements de la région. Le rythme de mise en œuvre reste le facteur limitant principal.
La diaspora comme atout potentiel
Il existe un troisième chemin, souvent sous-estimé dans le débat sur la fuite des cerveaux. Les travailleurs qualifiés qui émigrent ne coupent pas toujours les liens avec leur pays d’origine. Ils envoient des transferts financiers, les remises représentent une part significative du PIB de plusieurs pays d’Amérique centrale et des Caraïbes. Ils accumulent des compétences dans des environnements industriels plus avancés. Et certains reviennent, porteurs de réseaux et de savoir-faire acquis à l’étranger.
Des pays d’Asie ont su exploiter ce cycle. La Corée du Sud a activement facilité, dans les années 1980 et 1990, le retour de sa diaspora scientifique et technique après des séjours aux États-Unis et au Japon. Taïwan a construit une partie de son industrie des semi-conducteurs sur ce modèle de retours qualifiés. L’Inde entretient des liens institutionnels avec sa diaspora technologique dans la Silicon Valley. Ces exemples montrent que l’émigration de travailleurs qualifiés peut être, sous certaines conditions, une phase d’accumulation de capital humain à l’échelle nationale, à condition que les conditions de retour soient rendues attractives.
Pour l’Amérique latine, cette option reste peu exploitée. Les programmes de retour des talents qualifiés existent, le programme SARE au Mexique, les dispositifs brésiliens de réintégration de chercheurs, mais ils ciblent principalement les diplômés universitaires et les scientifiques, rarement les techniciens et les diplômés TVET. Élargir ces dispositifs à la formation professionnelle supposerait de reconnaître que le technicien formé à l’étranger représente aussi un capital que le pays a intérêt à rapatrier. C’est une réorientation de politique publique modeste en coût, potentiellement significative en impact.
L’Europe périphérique commence à peine à explorer cette piste. Des études suggèrent que les migrants de retour ne se contentent pas de combler des effectifs : ils rapportent des économies, des réseaux professionnels et des compétences acquises dans des environnements plus exigeants, constituant une ressource disproportionnément précieuse pour les économies qui parviennent à les attirer. Encore faut-il construire cette attractivité — ce que la plupart des régions en perte de talents n’ont pas encore réussi à faire.
Une partie des techniciens formés en Amérique latine peut travailler ailleurs. L’enjeu des dix prochaines années est d’organiser cet exil temporaire de compétences pour en faire une étape dans un cycle de montée en gamme, plutôt qu’un flux définitif et subi. Pour cela, la formation professionnelle doit s’inscrire dans une stratégie industrielle cohérente et ne plus être traitée comme une politique éducative isolée. Cette articulation est rendue plus urgente par les chocs climatiques et leurs coûts économiques, qui redessinant les secteurs où les emplois qualifiés de demain seront créés.
Sources
- Cognitive Market Research – TVET Market Report
- Organisation internationale pour les migrations – World Migration Report (données LAC) : https://worldmigrationreport.iom.int
- Banque mondiale – Skilled migration and labor markets in Latin America and the Caribbean : https://www.worldbank.org
- CEPAL – Rapports sur les flux de talents et la diversification productive en Amérique latine : https://www.cepal.org
- OCDE – Perspectives des compétences et formation professionnelle (données comparées APAC/LAC) : https://www.oecd.org/skills
- Commission européenne – Talent Boost Mechanism et rapports sur les régions en déprise de talents : https://ec.europa.eu
- Euronews / InfoMigrants – Données sur la migration intra-UE des travailleurs qualifiés, 2024-2026