En Nouvelle-Zélande, 54 % des 12-17 ans atteignaient les recommandations d’activité physique en 2024-2025, contre 46 % l’année précédente. La remontée est réelle, mais elle laisse encore un écart de trois points avec les niveaux d’avant la pandémie, et masque une fracture que les chiffres bruts ne montrent pas : entre les enfants qui bougent encore et les adolescents qui décochent.
L’essentiel
- En Nouvelle-Zélande, la participation physique des 12-17 ans remonte à 54 % en 2024-2025, après un creux à 46 % en 2023, mais reste sous les 57 % pré-pandémie (Sport New Zealand, Active NZ Survey 2024/25).
- Les 5-11 ans affichent 59 % de participation, soit cinq points de plus que leurs aînés : la transition vers le secondaire coïncide avec un décrochage mesurable.
- En Australie, 37 % des jeunes déclarent avoir réduit leur pratique sportive à cause du coût de la vie.
- Les contraintes de coût et plusieurs facteurs scolaires et sociaux sont associés au recul, sans que cette source établisse une chaîne causale unique.
- Si les financements restent concentrés sur la vitrine compétitive, la remontée actuelle risque de plafonner sous les niveaux pré-pandémie.
Entre cinq et douze ans, quelque chose se passe
Ce transfert de responsabilité du système scolaire vers les familles n’est pas neutre dans ses effets. Quand l’organisation du sport cesse d’être intégrée au temps collectif, elle devient une charge individuelle dont le poids varie selon les ressources disponibles. Les familles les mieux dotées absorbent cette charge sans l’interroger. Les autres commencent à arbitrer, et l’arbitrage se fait rarement en faveur du sport quand d’autres dépenses pèsent plus lourd. Ce mécanisme de délégation progressive explique pourquoi l’écart entre les deux tranches d’âge tend à se stabiliser plutôt qu’à se résorber spontanément : il est structurel avant d’être culturel.
Les données néo-zélandaises dessinent une ligne de partage nette. Chez les 5-11 ans, 59 % atteignent les recommandations d’activité physique. Chez les 12-17 ans, c’est 54 %. Cinq points d’écart qui ne s’expliquent pas par une question de biologie ou de goût : à cet âge, les enfants veulent bouger autant qu’avant.
Ce qui change, c’est le monde autour d’eux. L’école primaire organise le sport dans le temps scolaire, souvent gratuitement. Le collège délègue aux clubs, aux associations, aux familles. L’inscription coûte, l’équipement coûte, les déplacements coûtent. Et les horaires d’entraînement entrent en collision avec les devoirs, les petits boulots et les contraintes domestiques que les adolescents des ménages modestes absorbent plus tôt que les autres.
Le résultat est prévisible dans sa direction, mais son ampleur mérite attention. En Australie, 37 % des jeunes déclarent avoir réduit leur pratique à cause du coût de la vie. Un chiffre qui pointe vers un mécanisme socio-économique, pas vers une génération soudainement sédentaire. Quand les familles font des choix, le sport des adolescents passe souvent après le reste.
La remontée post-pandémie cache deux trajectoires différentes
Le passage de 46 % à 54 % en un an est une bonne nouvelle, et elle mérite d’être dite clairement. La participation des 12-17 ans a augmenté en 2024/25. Les clubs ont rouvert, les familles ont retrouvé des habitudes, les enfants ont repris le chemin des terrains.
Mais la comparaison avec les 57 % d’avant la pandémie raconte une autre histoire. Trois points manquent encore. Et ces trois points concentrent probablement les adolescents les plus exposés : ceux dont les familles ont le moins de marge pour absorber la hausse des coûts, ceux dont les quartiers ont le moins d’infrastructures accessibles, ceux que les clubs sélectifs ont découragé en priorité.
La reprise post-covid a bénéficié aux jeunes insérés dans des réseaux sportifs existants, tandis que l’accès s’est avéré plus difficile pour ceux qui avaient interrompu leur pratique. C’est un schéma que l’on retrouve dans d’autres domaines : comme le montre l’analyse des politiques d’accès au sport publiée sur ce journal, l’accès physique ne suffit pas quand les barrières économiques et sociales restent intactes.
Le coût, l’horaire et la sélection : trois filtres qui s’additionnent
Les systèmes sportifs d’Océanie partagent une architecture commune avec la plupart des pays anglophones : des clubs privés subventionnés, des fédérations orientées vers la performance, et une pratique récréative laissée à la débrouille des familles. Ce modèle fonctionne bien pour produire des athlètes. Il produit moins bien de la masse.
Le premier filtre est le coût. Inscription annuelle, équipement, transport, stages : le budget d’un adolescent sportif peut dépasser plusieurs centaines de dollars par an. Pour un ménage sous pression, c’est une dépense arbitrable.
Le deuxième filtre est l’horaire. Les entraînements du soir et du week-end supposent des parents disponibles pour conduire, pour accompagner, pour attendre. Les familles monoparentales et celles où les deux parents travaillent en horaires décalés rencontrent des obstacles particuliers.
Le troisième filtre est la sélection compétitive. Plusieurs clubs, en particulier dans les sports collectifs, structurent leurs équipes par niveau dès douze ou treize ans. Les adolescents qui ne visent pas la performance se retrouvent sans place évidente : trop vieux pour le mini-sport récréatif, pas assez compétitifs pour les équipes de compétition. Le sport loisir pour adolescents figure de manière limitée dans plusieurs programmes.
Ces filtres peuvent se combiner et produire des obstacles cumulatifs. Un jeune qui surmonte le coût peut encore être bloqué par les horaires. Un autre qui gère les horaires peut se retrouver exclu par la sélection. La remontée post-pandémie peut être freinée par une cumulation d’obstacles, bien que les données n’établissent pas un plafonnement certain.
Les chiffres australiens et néo-zélandais
Mettre en regard les deux pays éclaire le mécanisme. La Nouvelle-Zélande mesure la participation physique globale et constate un écart entre enfants et adolescents. L’Australie, elle, mesure le motif de réduction : 37 % des jeunes citent directement le coût de la vie. Ces deux angles de mesure se complètent.
Le coût est une barrière déclarée croissante, mais son rôle temporel et causal dans le recul des adolescents n’est pas établi. Le désintérêt n’est pas l’unique explication, mais il ne peut pas être exclu pour tous les adolescents. Il l’abandonne parce que quelqu’un dans la famille a calculé que c’était trop cher, ou parce que les horaires ne s’ajustent plus, ou parce que le club n’a plus de place pour lui s’il ne vise pas la performance.
Ce que les données d’Océanie montrent s’inscrit dans une tendance plus large documentée par des enquêtes similaires en Europe. Les Européens bougent davantage qu’il y a vingt ans, mais cette progression cache des disparités de revenus et d’âge comparables à celles que la Nouvelle-Zélande mesure aujourd’hui.
La question de santé publique est directe. L’Organisation mondiale de la santé recommande soixante minutes d’activité physique quotidienne pour les 5-17 ans. Les adolescents qui décochent à douze ans ne rattrapent pas le temps perdu à vingt ans. Les habitudes d’activité physique se forment durant l’adolescence, et une interruption précoce de la pratique peut avoir des effets à long terme sur la santé.
À quoi ressemble la pratique sportive des adolescents en 2035
La remontée observée en Nouvelle-Zélande entre 2023 et 2025 peut suivre deux trajectoires très différentes selon les choix de politique sportive des prochaines années.
Dans le premier scénario, les financements publics et fédéraux restent concentrés sur la compétition d’élite : équipes nationales, infrastructure de haut niveau, détection des talents. Ce modèle prévaut largement dans les deux pays. Dans ce cas, la remontée actuelle plafonne à des niveaux sous les 57 % d’avant la pandémie. Pire, l’écart entre les adolescents des ménages aisés et ceux des ménages contraints persiste, sans que les chiffres agrégés le rendent immédiatement visible. Les 37 % d’Australiens qui ont réduit leur pratique pour raisons économiques restent un signal sans réponse structurelle.
Dans le second scénario, les systèmes sportifs réorientent une part significative de leurs ressources vers la pratique non compétitive et subventionnent directement le coût pour les familles à revenus contraints. Un chèque sport ciblé sur les 12-17 ans des ménages sous un seuil de revenu défini, couvrant l’inscription et l’équipement de base, réduirait mécaniquement le premier filtre. Des formats sportifs adaptés aux contraintes scolaires du secondaire, avec des créneaux en début de soirée et des clubs sans sélection par niveau, s’attaqueraient aux deux autres.
Ce deuxième scénario n’est pas une utopie. La France a testé le Pass’Sport depuis 2021, ciblé sur les familles allocataires. L’Australie expérimente des subventions sport-jeunesse dans plusieurs États. Les résultats préliminaires sont encourageants sur l’inscription, moins concluants sur la fidélisation au-delà de la première année : ce qui suggère que le coût d’entrée n’est qu’un obstacle parmi d’autres, et que les réformes d’horaires et de formats sont tout aussi nécessaires.
Un levier à explorer tient aux conditions d’attribution des subventions publiques aux fédérations sportives. Conditionner une partie des aides à un ratio minimal de dépenses consacrées à la pratique non compétitive et aux publics adolescents obligerait les fédérations à arbitrer différemment. L’argent public suivrait ainsi les publics prioritaires, et non la seule vitrine compétitive. Le financement de la sporttech, dont les ligues européennes ont capté une part croissante, pose une question symétrique : les innovations en matière de suivi et d’engagement atteignent les adolescents les plus éloignés du sport organisé, ou elles renforcent d’abord ceux qui pratiquent déjà.
Pour départager les deux scénarios, deux signaux méritent d’être suivis annuellement. Le premier est le taux de participation des 12-17 ans ventilé par niveau de revenu du ménage : si l’écart entre les quartiles se réduit, la politique sportive atteint ses cibles. Si l’agrégat remonte mais que l’écart s’élargit, la reprise est une reprise à deux vitesses. Le second signal est la part des jeunes citant le coût comme motif principal d’arrêt : si cette proportion reste autour de 37 %, aucune politique de l’offre sportive ne suffira sans intervention directe sur les prix.
La transition vers le secondaire, un moment décisif que les systèmes sportifs ne traitent pas
La difficulté à passer ces dispositifs à l’échelle tient en partie à la gouvernance fragmentée du sport adolescent. Les responsabilités sont réparties entre l’éducation nationale, les fédérations sportives, les collectivités locales et les associations, sans qu’un acteur soit explicitement et principalement chargé de la continuité entre le primaire et le secondaire. Cette dispersion produit des angles morts précisément aux moments de transition, là où une coordination minimale suffirait à maintenir des jeunes dans la pratique.
Les données Active NZ montrent un écart de participation selon l’âge, mais ne permettent pas d’inférer l’absence d’une politique de transition scolaire. Les systèmes sportifs d’Océanie, comme dans la plupart des pays, organisent leur offre par tranche d’âge ou par niveau de compétition, sans traiter les moments de rupture.
Le passage au collège concentre pourtant plusieurs chocs simultanés : nouveaux horaires, nouvelles amitiés à construire, nouvelles exigences académiques, et souvent, première confrontation directe avec le coût du sport quand on sort des structures scolaires. C’est précisément le moment où un accompagnement actif ferait la différence, et c’est précisément le moment où les systèmes sportifs lâchent la main.
Des programmes d’accueil sportif en sixième, des passerelles financées entre le sport scolaire et les clubs locaux, des formats hybrides mi-récréatifs mi-compétitifs pour les douze à quinze ans : ces dispositifs existent à petite échelle dans plusieurs pays. Ils ne sont nulle part devenus la norme. Le défi pour la prochaine décennie est de les passer à l’échelle avant que la génération actuelle d’adolescents ne fixe définitivement ses habitudes.
Sources
- Sport New Zealand, Active NZ Survey 2024/25
- Ministry of Health New Zealand, Health and Independence Report 2025 (sans lien : rapport non encore indexé de manière stable)
- Organisation mondiale de la santé, Recommandations mondiales sur l’activité physique pour la santé (5-17 ans), disponibles sur who.int



