Le Pacific Data Sovereignty Network est une initiative de gouvernance des données concernant les peuples du Pacifique vivant en Nouvelle-Zélande. Le PDSN réunit des membres et institutions principalement établis en Nouvelle-Zélande autour d’une gouvernance communautaire des données. Cette approche soulève des questions pertinentes pour les petites économies confrontées à des défis similaires.
L’essentiel
- La souveraineté des données peut reposer sur la gouvernance communautaire plutôt que sur l’infrastructure physique seule : c’est la visée du PDSN.
- Le PDSN est un réseau de souveraineté des données des peuples du Pacifique établi à Auckland en 2019.
- Le Pacific Environment Data Portal, initialement développé dans le cadre du projet Inform et reliant actuellement 14 portails nationaux, constitue un terrain d’application potentiel.
- L’African Data Portal centralise les données du continent : une architecture opposée qui soulève des questions de concentration du contrôle à l’échelle régionale.
- La question ouverte est celle de la pérennité : une gouvernance communautaire dépend du maintien de l’engagement politique et du respect des accords.
Le Pacifique face à une contrainte que les grands pays ignorent
Les petits États insulaires du Pacifique partagent une situation que les grandes économies ne connaissent pas : une part de leurs données, environnementales, épidémiologiques, climatiques, culturelles, est stockée et traitée sur des serveurs situés à l’extérieur de leur territoire. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et des fournisseurs de cloud hébergent des ressources informationnelles d’États qui n’ont ni les moyens ni la masse critique pour bâtir une alternative locale.
Le problème est à la fois juridique et politique, pas seulement technique. Le stockage externe peut affecter le contrôle, mais les règles d’accès, d’usage et de valorisation dépendent aussi des accords, licences et lois applicables. Un gouvernement de Kiribati qui souhaite consulter ses propres relevés environnementaux dépend des conditions tarifaires et réglementaires d’un tiers. Cette dépendance revêt plusieurs dimensions : infrastructure, cadre juridique applicable et équilibre politique.
La réponse classique consiste à construire : des data centers nationaux, des réseaux de fibres optiques, des capacités de traitement souveraines. Pour un pays comme Fidji ou le Vanuatu, le coût est prohibitif et le résultat potentiellement fragile, car une infrastructure locale reste vulnérable à des acteurs plus grands qui peuvent offrir de meilleures conditions et capter progressivement les usages.
Le PDSN part d’une approche différente : améliorer la gouvernance communautaire des données.
La blockchain : effets réels et limites
L’organisation documentée du Pacific Data Sovereignty Network comprend un comité, un réseau, un secrétariat et l’élaboration d’une charte. Le PDSN documente des principes de gouvernance des métadonnées sans architecture blockchain documentée. Aucune garantie technique d’immutabilité des traces n’est documentée pour le PDSN. Le PDSN ne documente pas de mécanismes d’accès automatisés par contrats intelligents permettant cette application transfrontalière.
Le PDSN vise des cadres de gouvernance ; une garantie technique de traçabilité et d’opposabilité juridique des droits n’est pas établie. Le PDSN ne présente pas de dispositif régional documenté de stockage de données. Le PDSN porte sur la gouvernance communautaire des données des peuples du Pacifique en Nouvelle-Zélande.
Des institutions de pays à forte capacité sont impliquées dans le réseau, indiquant une collaboration régionale. La relation entre l’Australie et les petits États du Pacifique a longtemps été marquée par des asymétries. Le PDSN vise à améliorer la gouvernance des données.
Le SPREP Pacific Environment Portal, lancé en 2025 par le Programme régional océanien de l’environnement, constitue un terrain potentiel d’application. Les données environnementales collectées dans la région sont stratégiques pour des États exposés aux changements climatiques. Une gouvernance appropriée peut renforcer leur position dans les négociations internationales.
Deux trajectoires pour le Sud global
Le PDSN n’est pas la seule réponse émergente à la question de la souveraineté des données dans les économies à faibles ressources. L’African Data Portal représente une trajectoire opposée et mérite d’être regardée dans sa tension avec l’approche pacifique.
L’African Data Portal centralise les données du continent africain dans une architecture unifiée. L’intention est d’agréger des ressources dispersées, de créer une masse critique et de rendre les données accessibles à des chercheurs et à des décideurs qui peinent à travailler avec des sources fragmentées. Les concepteurs du portail devront préciser qui contrôle le centre de cette architecture.
Une infrastructure centralisée africaine gouvernée par des acteurs africains offre des avantages par rapport à la dépendance externe. Cependant, une centralisation peut poser des risques de dépendance envers les organismes de gouvernance du centre. Le contrôle effectif est lié à la composition des financeurs et des organes de gouvernance.
Les deux trajectoires illustrent un choix important que les petites économies peuvent explorer. La trajectoire centralisée cherche la puissance par l’agrégation. La trajectoire décentralisée cherche la résilience par la distribution. Les deux approches pourraient être compatibles si une architecture interopérable est établie dès le départ.
Ce débat s’inscrit dans des questions plus larges sur la position des petites économies dans un monde numérique concentré. On retrouve des dynamiques similaires dans le secteur du travail, où les pays du Sud global qui avaient trouvé un modèle dans l’externalisation IT voient leurs avantages compétitifs redistribués par l’IA, sans avoir nécessairement construit les alternatives.
L’accélération du PDSN pendant le COVID dans le Pacifique
Le PDSN a été créé avant la pandémie, le 29 novembre 2019. La pandémie a soulevé des questions sur la gouvernance des données épidémiologiques partagées entre autorités nationales et systèmes régionaux de surveillance. Cette situation a montré l’importance d’une gouvernance claire sur l’usage des données par les différents acteurs impliqués.
La crise a soulevé des questions concrètes sur la gouvernance des données en situation d’urgence. Des organismes gouvernementaux néo-zélandais ont manifesté un intérêt concret pour le PDSN par des protocoles d’accord signés en août 2022.
Les crises peuvent accélérer l’adoption de nouvelles approches dans plusieurs domaines. La souveraineté industrielle a retrouvé un attrait après les ruptures de chaînes d’approvisionnement pendant la pandémie. La souveraineté numérique suit une logique comparable : la dépendance devient visible au moment où elle crée un coût réel, et c’est ce moment qui ouvre une fenêtre politique pour des architectures alternatives.
Une difficulté réside dans le maintien de l’engagement après la phase aigüe de la crise. Passée la crise immédiate, les architectures alternatives doivent démontrer leur valeur sur des usages durables.
Les arbitrages attendus d’ici 2030
Le PDSN documente une gouvernance par comité et secrétariat, avec des besoins en infrastructures de données, partenariats potentiels avec les nations insulaires et financements.
Deux trajectoires méritent d’être examinées. La première est celle d’un réseau qui monte en puissance : les États membres maintiennent leur engagement politique, les contrats intelligents prouvent leur solidité sur des cas d’usage variés, d’autres régions, Caraïbes, petits États insulaires de l’Océan Indien, adoptent des architectures similaires ou interopérables. Dans ce scénario, le PDSN devient un modèle documenté et la gouvernance communautaire une option envisagée pour les petites économies. L’Université d’Auckland et l’Australian Academy of Science pourraient jouer un rôle de partenaires scientifiques dans cette trajectoire.
La deuxième trajectoire est celle de l’érosion progressive. Les mécanismes techniques seuls ne règlent pas les désaccords politiques entre États sur la définition des droits ou les conditions d’accès. Le document ne précise pas de mécanisme de règlement des différends interétatiques, car il ne documente pas une gouvernance entre États. L’absence de mécanisme de résolution explicite pourrait faciliter le recours à des accords bilatéraux parallèles au cadre collectif.
La consolidation du PDSN s’appuie sur la gouvernance, les infrastructures, la collaboration communautaire et la recherche de financements.
Les signaux à observer d’ici 2030 sont concrets. Le premier est le SPREP Pacific Environment Portal : une intégration documentée au PDSN et son utilisation par des acteurs externes fournirait un indicateur de fonctionnement. Le deuxième signal est l’attitude des grandes plateformes de données scientifiques envers les conditions d’accès posées par le PDSN. Leur acceptation indiquerait un changement dans les rapports de négociation. Leur contournement révèlerait les limites de la gouvernance sans infrastructure propre.
Le PDSN réel vise la gouvernance des données relatives aux communautés pacifiques en Aotearoa. Le PDSN a formulé une démarche de gouvernance communautaire et d’élaboration de chartes de données. Cette approche mérite d’être suivie, testée, critiquée et améliorée par d’autres régions confrontées à des défis comparables. L’économie créatrice africaine offre un terrain de comparaison : là aussi, des acteurs locaux contournent les dépendances infrastructurelles par des solutions distribuées, avec des résultats qui commencent à peser dans le débat mondial sur qui contrôle les ressources numériques du Sud global.
Sources
- Data Science Journal (2025), Pacific Data Sovereignty Network, University of Auckland / CODATA
- SPREP Pacific Environment Portal, Secrétariat du Programme régional océanien de l’environnement (lancé 2025)
- Australian Academy of Science, partenariat PDSN (documentation institutionnelle)
- African Data Portal, Union africaine / UNECA (portail régional de données)



