La Corée du Sud a enregistré un taux de fécondité total de 0,80 en 2025 (provisoire), selon Statistics Korea. Après une longue baisse, la fécondité coréenne a légèrement remonté en 2024 et 2025. Le Japon affiche 1,14 en 2025 ; le chiffre chinois de 1,15 n’est pas établi par le communiqué national consulté. Selon le Bureau national des statistiques chinois, la population a diminué en 2023, 2024 et 2025.
L’essentiel
- La Corée est à 0,80 en 2025; le Japon est à 1,14; aucun taux chinois officiel de 1,15 n’a été trouvé dans le communiqué national consulté. Trois économies majeures affichent une fécondité très inférieure au seuil de remplacement.
- Une part significative des jeunes adultes en Corée et au Japon déclare ne pas vouloir d’enfants, un choix que les aides financières n’ont pas inversé.
- En 2025, la Suède affiche une fécondité de 1,42 et la France de 1,56; des niveaux plus élevés que l’Asie de l’Est, associés à des politiques de droits parentaux, modes de garde et flexibilité du travail.
- Une fécondité très basse et durable accentue le vieillissement de la structure par âge; une baisse du nombre de femmes en âge de procréer limite les naissances à fécondité donnée, mais la durée et l’ampleur d’un redressement dépendent aussi des taux par âge, de l’immigration et des politiques.
- Le vieillissement accentué pose des défis de financement des services publics et retraites, que la natalité actuelle et les réformes du travail engagées ne suffiront pas à résoudre seules.
Un taux de 0,72 : les effets structurels d’un seuil démographique critique
Les primes à la naissance ne suffisent généralement pas à lever les principales contraintes pesant sur le projet d’enfant.
Seoul dépense depuis 2006. La Corée a engagé des investissements considérables en mesures pro-natalistes sur deux décennies. Le résultat : après avoir baissé jusqu’à 0,72 en 2023, le taux est remonté à 0,75 en 2024 puis à 0,80 en 2025. À titre de comparaison, le seuil de remplacement des générations se situe à 2,1 enfants par femme. La Corée se trouve aujourd’hui à un tiers de ce niveau.
Ce chiffre mérite d’être posé dans sa brutalité avant toute analyse. À fécondité constante de 0,80, la taille théorique de la génération suivante serait environ 62 % plus faible, soit près de 2,6 fois plus petite, hors autres facteurs démographiques. Une fécondité très basse réduit fortement les cohortes futures à long terme, mais elle ne détermine pas seule la baisse de la population active. Les structures de financement des retraites, des hôpitaux et des services publics reposent sur une base qui rétrécit plus vite que les réformes ne peuvent s’adapter.
Le Japon affiche un taux de fécondité total provisoire de 1,14 en 2025. Un écart avec la Corée qui peut sembler rassurant, mais qui reste très loin du seuil critique. Selon le Bureau national des statistiques chinois, la population a diminué en 2023, 2024 et 2025. La population chinoise a diminué trois années consécutives.
La baisse récente est extrêmement rapide dans certains pays d’Asie de l’Est, mais des chutes européennes antérieures ont aussi été très rapides. La fécondité française est passée sous 2,0 progressivement, sur plusieurs décennies. La baisse est d’environ 0,4 enfant par femme entre 2014 et 2025. Cette rapidité pose des défis importants d’adaptation pour les institutions.
Les aides financières atteignent les mauvaises causes
Les politiques pro-natalistes peuvent viser les coûts financiers, mais aussi les contraintes de garde, de congé, d’égalité et d’organisation du travail. Si c’est vrai, une prime à la naissance ou une aide au logement peut lever le blocage. Mais au Japon, l’enquête nationale établit une hausse du refus déclaré du mariage et une baisse des aspirations familiales. Une part des célibataires de la région capitale estime que les enfants sont nécessaires après le mariage. Pour le programme coréen de baby bonus étudié, les gains estimés sont limités à l’échelle agrégée et majoritairement inframarginaux; l’effet des aides financières au Japon doit être documenté séparément.
Les aides financières étudiées ont un effet estimé sur les naissances, mais leur niveau observé est insuffisant pour modifier fortement la fécondité agrégée.
Cette distinction entre contrainte et préférence apparaît centrale dans l’analyse des politiques actuelles. Parmi les raisons évoquées par les jeunes adultes en Corée et au Japon figurent les horaires de travail peu compatibles avec la présence parentale, l’insécurité professionnelle qui incite au report, les coûts d’éducation et d’élevage des enfants constituent un obstacle majeur déclaré ; l’adéquation d’une prime dépend de son montant et n’est pas établie ici, et le risque d’un ralentissement ou d’une interruption de carrière, particulièrement pour les femmes.
Les structures du marché du travail, les politiques familiales et le partage des soins ont davantage atténué l’arbitrage carrière-famille dans plusieurs pays nordiques que dans la Corée et le Japon. En Corée, les longues heures, la faible flexibilité et les normes de travail constituent des obstacles majeurs à la conciliation entre carrière et enfants.
L’obstacle est multidimensionnel : institutions du travail, normes sociales, sécurité de l’emploi et coûts ou revenus disponibles interviennent conjointement.
On peut mettre en regard la situation des femmes coréennes avec celle décrite dans notre analyse sur l’exposition de l’emploi féminin en Asie-Pacifique : dans les deux cas, les femmes supportent de manière disproportionnée les coûts d’un marché du travail qui n’a pas été conçu pour elles.
Les politiques familiales suédoises et françaises : droits parentaux, garde et flexibilité du travail
En 2025, la Suède affiche une fécondité de 1,42 et la France de 1,56. Ces chiffres sont loin du seuil de remplacement; les deux séries sont orientées à la baisse récente et restent supérieurs à ce que l’Asie de l’Est observe aujourd’hui. Les différences de politique familiale peuvent contribuer aux écarts de fécondité, notamment par la nature des dispositifs et leur articulation avec le marché du travail.
Les deux pays ont investi dans ce que les économistes du travail appellent l’architecture institutionnelle du conflit travail-famille. En Suède, le congé parental est généreux, individualisé (une partie est réservée à chaque parent, non transférable), et accompagné d’un retour au travail à temps partiel sans pénalité de carrière. La garde d’enfants publique couvre la quasi-totalité des besoins dès douze mois. En France, les modes de garde subventionnés peuvent faciliter le maintien en emploi des deux parents, avec une accessibilité et un coût qui varient selon les ménages et les territoires.
Ces dispositifs modifient le calcul que font les couples. Ces dispositifs facilitent la conciliation entre emploi et enfants, ce qui peut améliorer la viabilité d’une parentalité à temps plein pour les deux parents. Une prime à la naissance couvre une dépense ponctuelle. Un droit au temps partiel pour les deux parents modifie les normes de travail pour une génération.
La France ne présente pas non plus un modèle parfait : le temps partiel imposé reste un coût réel et souvent invisible, et les inégalités d’accès aux modes de garde persistent entre zones urbaines et rurales. Les politiques globales de congé, d’accueil et de soutien aux familles sont associées à de meilleurs résultats de fécondité, mais il n’est pas démontré qu’elles expliquent à elles seules les niveaux français et suédois ni que les aides monétaires n’ont produit aucun effet.
Le marché du travail coréen comme cas d’école
La Corée illustre le mécanisme avec une précision presque expérimentale. Les entreprises coréennes ont parmi les heures de travail annuelles les plus élevées parmi les pays membres de l’OCDE. La culture du présentéisme est documentée : partir avant son supérieur hiérarchique est socialement pénalisant dans de nombreux secteurs. Les congés parentaux existent dans la législation mais leur taux d’utilisation par les pères reste faible, en partie par crainte des conséquences professionnelles.
Dès lors, une prime à la naissance agit sur le coût de l’enfant sans rien changer à la manière dont le travail est organisé. Le couple qui hésite à avoir un enfant parce que personne ne pourra aller chercher l’enfant à la crèche à 18h ne sera pas convaincu par un chèque.
Les réformes du travail tentées depuis 2023 par le gouvernement coréen, réduction des heures supplémentaires obligatoires, extension des droits au congé parental pour les hommes, vont dans la bonne direction. Mais elles se heurtent à des résistances culturelles et économiques profondes. Les PME coréennes, qui emploient la majorité des travailleurs, ont des marges insuffisantes pour absorber une réduction significative des heures travaillées sans gains de productivité compensatoires. Le problème du temps de travail rejoint alors celui de la structure économique.
Les effets démographiques irréversibles à l’horizon d’une génération
La dynamique démographique obéit à une inertie particulière. Une fécondité sous le remplacement réduit les cohortes futures; l’ampleur de la baisse du nombre de femmes dépend de la durée, des taux par âge et des migrations. Si la fécondité remontait après une période prolongée sous le remplacement, les naissances demeureraient affectées à moyen terme par l’effectif réduit de femmes en âge de procréer. C’est ce que les démographes appellent l’élan démographique négatif.
La Corée est passée sous un taux de fécondité de 1,0 en 2018. La Chine s’en approche. Ce qui signifie que les trajectoires sont fortement contraintes par la structure d’âge actuelle, mais elles ne sont pas indépendantes des évolutions futures de fécondité, mortalité et migration. Les projections WPP 2024 montrent un vieillissement marqué et une trajectoire de contraction de la population coréenne.
Si la natalité ne peut pas être relevée assez vite pour éviter le déséquilibre démographique, les gouvernements asiatiques doivent identifier d’autres leviers, une perspective qu’ils formulent rarement de façon explicite.
Deux mécanismes complémentaires existent. Le premier est l’immigration. Le Japon a commencé à assouplir ses règles migratoires depuis 2019, avec des résultats modestes mais réels. La Corée débat du sujet mais reste politiquement divisée. La Chine, dont le modèle de citoyenneté est très restrictif, n’a pas emprunté cette voie.
Or, l’immigration de travailleurs qualifiés peut compenser une partie du déficit de population active, mais pas la totalité, et elle génère ses propres défis d’intégration.
Le second levier est la productivité. Une économie avec moins de travailleurs peut financer ses services publics et ses retraites si chaque travailleur produit davantage. L’automatisation, l’IA et la montée en gamme sectorielle sont des réponses partielles. Le Japon a d’ailleurs anticipé cette trajectoire : ses investissements en robotique industrielle, qui sont parmi les plus élevés au monde, répondent en partie à la contrainte démographique. La Corée suit une trajectoire similaire dans les semi-conducteurs et les équipements de précision.
Mais productivité accrue et automatisation ne financent les retraites que si les gains sont redistribués vers les cotisations sociales ou la fiscalité. C’est un choix politique, pas une conséquence mécanique. Et c’est précisément là que le débat sur les normes de travail et la fiscalité rejoint la question démographique dans toute sa complexité. On touche ici à la tension structurelle entre assiette fiscale et base productive que plusieurs économies développées vont devoir trancher dans la prochaine décennie.
Les charges que la Corée de 2050 devra financer sans les actifs de 2025
Les projections montrent une hausse marquée du ratio de dépendance des personnes âgées, qui posera des défis importants de financement au système de retraite coréen. Les dépenses totales de retraite en Corée sont d’environ 4,7 % du PIB et les dépenses publiques d’environ 3,8 %, bien moins que la France (14 %) ou le Japon (10 %). Mais ce faible niveau reflète à la fois une structure par âge historiquement favorable et un système de retraite encore immature, avec des prestations et une couverture limitées, qui se retourneront rapidement.
Les options disponibles sont connues : reculer l’âge de départ à la retraite, augmenter les cotisations, réduire les prestations, ou combiner les trois. Aucune n’est populaire. Toutes supposent un débat social que les sociétés d’Asie de l’Est n’ont pas encore ouvert franchement.
La situation chinoise combine une contraction démographique et un ralentissement économique. Le modèle de croissance basé sur l’investissement et les exportations industrielles rencontre des tensions face au rétrécissement de la base de population active.
Pour la Chine comme pour la Corée, la trajectoire démographique s’accompagnera de défis importants de financement des services publics et retraites. Le financement des services publics et retraites demandera des ajustements significatifs des paramètres de cotisation, d’âge de départ ou de niveau de prestations. La question ouverte est de savoir si les réformes des normes de travail et les politiques migratoires modifieront cette trajectoire, ou si les sociétés d’Asie de l’Est géreront un vieillissement démographique marqué dans les décennies à venir.
Sources
- UN World Population Prospects 2026, Nations Unies, Division de la population : https://population.un.org/wpp/
- Springer China Population Development Studies 2025 : https://link.springer.com/article/10.1007/s42379-025-00198-3
- CAINZ Research Institute, rapport sur la natalité au Japon, 2025 (sans lien direct disponible ; rapport cité dans la source Springer ci-dessus)
- OCDE, données sur les heures travaillées annuelles par pays (OECD.Stat) : https://stats.oecd.org/



